Il y a quelques mois, "Point de Vue" l'annonçait
en avant-première: Naundorff, le plus célèbre des
faux dauphins, était un imposteur. Aujourd'hui, l'analyse génétique
le confirme. Mais l'énigme Louis XVII n'est pas résolue.
" L’analyse d'ADN a montré de manière concluante que les restes de Naundorff ne peuvent être identifiés comme ceux de Louis XVII, fils de Marie-Antoinette ". La nouvelle, annoncée par le professeur Cassiman en néerlandais - Belgique oblige - tombe comme une sentence de cour d'assises. En ce mardi 2 juin 1998, l'université de Louvain vit des instants solennels, presque historiques.
Depuis un siècle et demi, les " survivantistes " n'affirmaient-ils pas, contre vents et marées, que le petit roi n'était pas mort au Temple en 1795, qu'il avait échappé aux griffes des révolutionnaires, avant de revêtir l'identité d'un certain Karl Wilhelm Naundorff? Aujourd'hui, la science confirme ce qu'une étude historique sérieuse nous laissait deviner : Naundorff était au mieux un mythomane, plus sûrement un escroc.
Curieux personnage tout de même! Il débarque un beau jour de 1833 à Paris, baragouinant trois mots de français, mais son assurance et sa prestance sont telles qu'il parvient à convaincre quelques vieux serviteurs de Versailles. Peine perdue, car Louis-Philippe, le roi-bourgeois, n'est pas disposé à restituer son trône au fils de Louis XVI ! Naundorff doit reprendre le chemin de l'exil. Il semble que l'aventure a fini de déranger son cerveau : en Angleterre, il fonde une nouvelle religion, la " Doctrine Céleste ", dont il s'intitule " Prince protecteur". Puis il met au point un explosif, la " bombe Bourbon". Le gouvernement hollandais lui achète son invention, mais il meurt en 1845. Empoisonné, chuchotent ses partisans...
Depuis lors, la dépouille de Naundorff - alias "Charles-Louis de Bourbon " - repose à Delft, aux Pays-Bas. Une exhumation, en 1950, a permis de recueillir une mèche de cheveux et deux morceaux d'humérus. C'est à partir de ces reliques, conservées depuis lors à la police judiciaire de Rijswijk, qu'est venue l'idée de comparer l'ADN mitochondrial de Naundorff - uniquement transmis par la mère - avec celui de Marie-Antoinette. Les recherches, menées conjointement par des laboratoires de Louvain et de Nantes, ont nécessité plusieurs années. On a d'abord analysé des cheveux de deux tantes de Louis XVII : Jeanne-Gabrielle et Marie-Josèphe de Habsbourg-Lorraine, puis ceux de la reine elle-même. Comme les résultats n'étaient pas absolument probants, deux descendants en ligne féminine de la maison d'Autriche, la reine Anne de Roumanie et son frère le prince André de Bourbon-Parme, se sont prêtés à des prélèvements sanguins et capillaires. Les scientifiques ont refait leurs expériences plusieurs fois, tout recontrôlé, tout vérifié. Aucun doute ne subsiste.
Est-ce à dire qu'il n'y a plus "d'affaire Louis XVII" ? Déjà, les naundorffistes contestent les résultats : " l'os analysé est resté quarante-six ans dans un local sans scellé. A cause de cela, les résultats ne peuvent pas être définitifs... " Rassemblés autour de leur prétendant, Charles-Edmond de Bourbon-Naundorff - "Sa Majesté Charles XII " - retraité de chez Dassault, cette poignée d'irréductibles continuera longtemps de cultiver son fantasme d'une monarchie qui ferait rimer absolutisme politique et intégrisme catholique.
Toujours est-il que le destin de Louis XVII demeure énigmatique. Il serait bien mort au Temple à huit ans, victime de deux années d'emprisonnement, rongé par une tuberculose généralisée. Mais pourra-t-on jamais le prouver ? Son cadavre a sans doute été jeté à la fosse commune, dans cette partie du cimetière Sainte-Marguerite, sur laquelle s'élève actuellement une école maternelle. Il y aurait bien un moyen d'en finir une fois pour toutes. Le cœur de l'enfant mort au Temple a été déposé dans la crypte de la basilique de Saint-Denis. Si son ADN correspond à celui de Marie-Antoinette, l'un des mystères les plus lancinants de l'Histoire de France serait enfin élucidé...
PHILIPPE DELORME
Philippe Delorme est l'auteur de
l'Affaire Louis XVII Tallandier, 1995. 248
pp., 120 F