LOUIS CHARLES DE BOURBON
A LA NATION FRANÇAISE

 

Français,
 
     En présence des nouveaux attentats de la Révolution, j'ai le devoir de vous signaler les maux qui nous menacent et les moyens de les éviter.

    Depuis un an, je parcours toutes vos provinces, cherchant à me rendre compte par moi-même de vos souffrances et de vos besoins.

    Ce qui compromet notre avenir national, ce n'est ni la crise commerciale, ni l'abandon de l'agriculture, ni la ruine de l'industrie. Ces souffrances matérielles, fort graves sans doute, ne sont que l'effet passager d'une politique aussi criminelle qu'insensée.

    La prospérité revient toujours avec un gouvernement qui sait trouver dans la foi catholique la lumière qui éclaire ses décisions et la force qui les exécute.

    Un Roi qui aime son Dieu et son peuple est toujours invincible.

    Une Nation qui aime son Dieu et son Roi est presque toujours prospère.

    Mais ce qui me fait redouter le péril qui s'annonce, c'est le mépris de l'autorité et l'affaissement des caractères.

    Habituées à ne voir au pouvoir que des aventuriers sans honneur ni probité, les générations nouvelles ont perdu ce respect profond qu'avaient nos pères pour ceux à qui Dieu a confié la lourde charge de gouverner les peuples.

    Trompées par les illusions d'un libéralisme hypocrite, elles ont oublié que la grande politique s'inspire toujours des enseignements infaillibles du vicaire de Jésus-Christ.

    Enervées par les fausses doctrines, elles parlent de conciliation quand il faudrait prendre l'épée et monter à cheval.

Français,
 
     Prenez garde. Inspirée quelquefois par la sagesse, la conciliation n’est souvent qu'un sentiment de lâcheté ou l'aveu d’une incurable faiblesse.

    Sous prétexte de prudence et de conciliation, on a tout laissé faire.
 
    Les associations religieuses ont été dissoutes.
 
    L'enseignement chrétien anéanti.
 
    La liberté du père de famille outragée et méconnue.

    L'indépendance de l’Eglise sacrifiée aux haines de la démagogie.
 
    La morale et la religion tournées en ridicule par des publications obscènes et des caricatures indignes.

    Le budget des cultes, sans cesse diminué, vient de subir, ces jours-ci, une nouvelle atteinte qui compromet les intérêts chrétiens.

    Enfin, les absurdités du parlementarisme inquiètent le patriotisme et jettent la confusion dans les esprits.

    Encore un pas dans cette voie et c'en est fait du salut de la France.

Français,
 
    En adhérant pleinement aux enseignements infaillibles de la Papauté, la France retrouvera ses grandeurs passées et rentrera dans sa vocation de fille aînée de l'Eglise.

    Je montre la voie à tous en déclarant que le Syllabus, la Bulle Humanum genus et les autres actes pontificaux indiquent ce que les peuples doivent croire et ce que les rois doivent pratiquer.

    Obéir à l'Eglise et lutter contre la Révolution, voilà le salut.

    Pour faire exécuter ce programme, il faut une autorité légitime, n'ayant aucune attache avec la Révolution et ne relevant que de son Dieu et de son droit.

    Fils aîné de Louis XVII, petit-fils du Roi martyr et gardien d'un dépôt sacré, je ne saurais pactiser avec la Révolution, ni abdiquer aucun droit.

    Par ma naissance, je suis votre roi.

    Si je viens à mourir en travaillant à votre régénération ou en combattant à votre tête, mes héritiers légitimes seront les enfants de mon frère Charles-Edmond, décédé le 29 octobre 1883.

    Mon frère Adelbert et ses fils ne viennent qu'après eux.

    Je veille sur l'éducation de mon successeur. Il sera le digne fils de Saint Louis ; je vous en donne ma parole d'honnête homme et de chrétien.

    Cette nombreuse descendance de Louis XVI, consacrée au Sacré-Cœur de Jésus, assure l'avenir de la Monarchie.

    Cet avenir est à nous parce que nous voulons être à Dieu.

CHARLES.

     Paray-le-Monial, 16 décembre 1884.
 

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