CONFERENCE DE PRESSE


 KARL WILHELM NAUNDORFF- LOUIS XVII EN PERSONNE OU IMPOSTEUR? -

Centrum voor Manselijke Ertelijkheid K.U.Leuven, le 2 juin 1998

Conférenciers

Jean-Jacques Cassiman
Doctor in de Geneeskunde, Geaggregeerde van het Hoger Onderwijs K.U.Leuven
Gewoon Hoogleraar Menselijke Erfelijkheid K.U.Leuven

Ronny Decorte
Lic. Biochemie UIA, Doctor in de Medische Wetenschappen K.U.Leuven (Centrum voor
Mensolijke Erfelijkheid K.U.Leuven)

Els Jehaes
Ind. Ir. Biochemie KHL, Doctorandus in de Medische Wetenschappen K.U.Louven
(Centrum voor Menselijke Erfelijkheid K.U.Leuven)

Olivier Pascal
Docteur en Sciences, Praticien Hospitalier, Expert près de la Cour d'Appel de Rennes,
Laboratoire de Génétique Moléculaire - Institut de Biologie, Centre Hospitalier
Universitaire de Nantes

Centrum voor Menselijke Erfelijkheid
Campus Gasthuisberg, O&N
Herestraat 49
B- 3000 Leuven
Tel : (0 16)34.58.60
Fax : (016)34.59.97

Laboratoire de Génétique Moléculaire
Institut de Biologie
Contre Hospitalier Universitaire de Nantes
Quai Moncouser - Hôtel Dieu
BP 1005 - 44035 Nantes Cedex 01
France

Analyse de l'ADN mitochondrial sur les restes d'un fils putatif de Louis XVI, roi de France et de Marie-Antoinette
 

1. Introduction

    Paris, fin du 18 ème siècle. La Révolution Française commence par la prise des Tuileries afin de déposer Louis XVI. En 1793, celui-ci et son épouse perdent la vie guillotinés. Leur enfant, le dauphin Charles-Louis, âgé de huit ans, meurt deux ans plus tard de tuberculose dans la prison du Temple. Du moins c'est la version officielle. C'est à partir de là que le mythe se met en place. Une des théories les plus tenaces veut qu'il y a eu substitution, ce qui a permis de mettre le prince à l'abri dans le secret le plus profond. Dans ce contexte, des personnages surgissent au début du 19ème siècle qui prétendent être le vrai dauphin et le seul. Le plus important d'entre eux est Karl Wilhelm Naundorff. Il a pu visiblement fournir des preuves suffisantes pour convaincre les ex-courtisans de Versailles de ses origines. Finalement, il est banni par les autorités françaises et séjourne ensuite plusieurs années à Londres. Jusqu'à sa mort, survenue en 1845 dans la ville hollandaise de Delft, Naundorff essaye d'obtenir sa réhabilitation. C'est dans cette ville que se trouve toujours une tombe portant l'inscription contestée : ici repose Louis XVII, Duc de Normandie, Roi de France et de Navarre. En 1863, ses descendants acquièrent le droit de porter le nom " de Bourbon ". Depuis près d'un siècle et demi déjà, on spécule sur le véritable passé de Naundorff. Dans diverses publications consacrées à " l'énigme de Delft ", il est qualifié d'escroc et de charlatan. Naundorff a toujours été son seul et unique témoin, personne n'a jamais pu confirmer ses aventures. Il a acheté ses documents d'identité à un Allemand, de sorte qu'il n'existe pas de preuve formelle de son identité. Les contradictions éventuelles relevées dans sa biographie ont finalement entraîné l'ouverture de sa tombe en 1950 pour une étude de son squelette. Une mèche de cheveux et son humérus droit, utilisés pour détecter un empoisonnement éventuel à l'arsenic, ont été prélevés. Ces restes de Naundorff ont été mis officiellement à la disposition de notre laboratoire en 1993 pour une analyse d'ADN et ont été utilisés afin d'élucider l'identité de Naundorff.

    L'ADN, particule minuscule que l'on retrouve dans chaque cellule du corps, est responsable de la transmission des caractéristiques héréditaires. On a déjà démontré que l'identification de restes humains par l'analyse d'ADN constitue un instrument performant dans les enquêtes judiciaires et historiques. C'est ainsi que l'analyse d'ADN a conduit naguère à l'identification de la famille Romanov et de Josef Mengele. Cette analyse se concentre sur ce qu'il est convenu d'appeler l'ADN mitochondrial (ADNmt). Il ne s'agit donc pas de l'ADN nucléaire classique, qui est transmis à la génération suivante par l'intermédiaire du spermatozoïde et de l'ovule. L'ADNmt, beaucoup plus petit se trouve dans les mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule, et est uniquement transmis par la mère. En outre, il en existe des milliers de copies dans une cellule, ce qui favorise leur survie dans des restes anciens comme ceux de cette enquête. La séquence d'un fragment d'ADNmt fortement polymorphe, à savoir la région D-loop (Displacement-loop), subdivisée en deux régions hypervariables, est la plus appropriée pour les études d'identification et a déjà pu être analysée à partir d'échantillons remontant à 12000 ans et même sur un squelette d'un Neandertal.

    Nous présentons ici les résultats d'une analyse de l'ADNmt sur les restes de Naundorff et les parents maternels de Louis XVII afin de débusquer l'identité exacte de Naundorff. Certaines analyses ont également été exécutées de manière indépendante par le laboratoire de Nantes (France).

2. L'analyse d’ADN

    Dans cette analyse, des mesures de précaution extrêmes ont été prises pour exclure toute contamination et obtenir ainsi des résultats authentiques.

    Dans un premier temps, une analyse de l'ADNmt a été exécutée sur les échantillons de cheveux et de l'humérus de Naundorff, tous deux exhumés de sa tombe en 1950. Les 62 extractions d'ADN différentes sur les échantillons de cheveux n'ont toutefois donné aucune séquence reproductible. Par contre, ceci a été le cas pour les extraits d'ADN de l'os qui a fourni une séquence D-loop authentique. Cette séquence a été confirmée en outre par une analyse indépendante du laboratoire de Nantes.

    La séquence de l'ADNmt maternel de la famille de Louis XVII a été obtenue par l'analyse des échantillons de cheveux de deux sœurs de Marie-Antoinette, à savoir Johanna-Gabriela et Maria-Josepha. Ces échantillons ont été tirés de deux médaillons d'un collier de leur mère, l’impératrice Marie-Thérèse, conservé dans le cloître de Klagenfurt (Autriche). Dans les extraits d'ADN de quatre échantillons de cheveux, trois séquences identiques ont été obtenues. Cette séquence de consensus diffère sur une seule position de nucléotide dans la première région hypervariable par rapport à la séquence obtenue à partir de l'os de Naundorff. Etant donné que trois générations séparent Louis XVII de ses deux tantes. une seule différence de nucléotide est insuffisante pour exclure Naundorff en tant que fils de Marie-Antoinette. C'est pourquoi on a recherché une preuve génétique complémentaire, à savoir un polymorphisme de site de restriction entre les deux régions hypervariables que l'on retrouve avec une fréquence élevée dans diverses populations. Les extraits d'ADN des deux tantes de Louis XVII ont présenté un gain du site de restriction alors que l'os de Naundorff ne présentait aucune digestion à cette position. Les deux différences de nucléotides dans la région D-loop, qui fait différer la séquence de consensus de l'os de Naundorff des échantillons de cheveux des deux tantes de Louis XVII, écartent fortement l'hypothèse selon laquelle Naundorff est Louis XVII.

    Pour prouver que les séquences obtenues à partir des cheveux de Johanna-Gabriela et Maria-Josepha sont authentiques, celles-ci doivent être confirmées par des séquences d’ADNmt à partir du matériel biologique d'autres descendants maternels de Marie-Thérèse et, si possible, de parents encore en vie. Après une étude approfondie de l'arbre généalogique, il apparaît que la reine Louise-Marie, épouse de Léopold I, et sa fille Charlotte, sont des parentes maternels de Louis XVII. Des échantillons de cheveux de l'une et l'autre ont été retrouvés dans les archives du Palais Royal. Le matériel comparatif de parents maternels en vie a été obtenu de la reine Anna de Roumanie (échantillon sanguin) et de son frère André de Bourbon Parme (échantillon de cheveux). Enfin, des échantillons de cheveux ont été également obtenus, qui proviennent très probablement de Marie-Antoinette elle-même. Ils venaient d'une collection privée et d'un document du Prince Henri de Bourbon. En ce qui concerne les résultats de l'ADNmt des échantillons de cheveux des parents maternels non vivants, seuls les résultats des cheveux de Marie-Antoinette étaient reproductibles. Les 59 extraits d'ADN différents provenant des échantillons de cheveux de Louise-Marie et de Charlotte n’ont fourni aucune séquence de consensus en raison de la qualité extrêmement médiocre des cheveux, révélée par l'investigation en microscopie de balayage. Les séquences D-loop, obtenues à partir des échantillons de cheveux de Marie-Antoinette (collection privée), correspondent à la séquence de consensus trouvée dans les cheveux des deux tantes de Louis XVII. On a également démontré le site de restriction. Les échantillons d'ADN des cheveux de Marie-Antoinette du document ont toutefois fourni deux séquences d'ADNmt mélangées un raison d'une contamination. En analysant l'ADN du tampon utilisé pour décontaminer les cheveux avant l'extraction d'ADN, on a pu déterminer la séquence contaminante, si bien qu'après soustraction de cette séquence, on a obtenu une séquence correspondant aux premiers échantillons de cheveux. Enfin, les échantillons d'ADN des parents en vie ont été analysés. La séquence D-loop de l'échantillon sanguin de la reine Anna a été confirmée de manière indépendante par la séquence obtenue à Nantes à partir de l'échantillon de cheveux de son frère. Dans l'échantillon d'ADN de la reine Anna, on a également observé le polymorphisme du site de restriction entre les régions hypervariables. La comparaison de la séquence D-loop de consensus des trois sœurs Johanna-Gabriela, Maria-Josepha et Marie-Antoinette avec celles des parents maternels en vie présente toutefois deux différences supplémentaires dans la deuxième région hypervariable. L’explication la plus plausible de cette disparité peut résider dans le fait qu'au cours des neuf générations qui séparent les trois sœurs de la reine Anna et de son frère, deux mutations sont intervenues du fait d’une fréquence de mutation élevée spécifique. En outre, l'une de ces deux mutations est dans une position à évolution ultra-rapide, tandis que l'autre mutation se retrouve à proximité immédiate d'une position hypervariable dans le D-loop.

    Quoi qu'il en soit, les quatre différences observées entre la séquence D-loop des parents maternels en vie de Louis XVII et celle de Naundorff renforcent encore la preuve que Naundorff n’est pas le dauphin.

    Cette analyse d'ADN a montré de manière concluante que les restes de Naundorff ne peuvent pas être identifiés comme ceux de Louis XVII, fils de Marie-Antoinette. Cette conclusion est basée d'abord sur une analyse d'ADNmt comparative exécutés sur l'os de Naundorff et des échantillons d'ADN de deux parents maternels en vie de Louis XVII. Elle est en outre prouvée par l'analyse d'ADN d'échantillons de cheveux de parents maternels, à savoir deux tantes de Louis XVII et de sa mère elle-même. Les échantillons de cheveux de deux autres parents maternels, Louise-Marie et Charlotte n'ont toutefois pas permis d'obtenir des séquences authentiques, étant donné le mauvais état de ces échantillons.

    L'article original 'Mitochondriai DNA analysis on romains of a putative son of Louis XVI, King of France and Marie-Antoinette' a été accepté pour publication par The European Journal of Human Genetics.

Pour de plus amples informations, veuillez contacter:
le professeur Jean-Jacques Cassiman
Centrum voor Menselijke Erfelijkheid K.U.Leuven
Capus Gasthuisberg, O&N
Herestraat 49
B-3000 Leuven
tel: (016) 34.58.60
fax: (016) 34.59.97

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