LE COURRIER DES YVELINES du 13 Août 1998
Les histoires mystérieuses de notre région
Durant le mois d’août nous vous proposons de découvrir les petites et grandes histoires de notre région. Cette semaine, nous nous intéressons au combat que mène Charles Louis Edmond de Bourbon, Marlychois, pour que soit reconnue sa filiation avec Louis XVII
Charles Louis Edmond de Bourbon,
Arrière-petit-fils de Louis XVII

Le Marlychois Charles Louis Edmond de Bourbon se bat pour revendiquer son titre de prince. Son arrière-grand-père, Charles Guillaume Naundorff a toujours affirmé, au 19e siècle, être Louis XVII, qui ne serait pas mort à l'âge de dix ans. De récentes analyses d’ADN tendent à prouver le contraire mais des incertitudes persistent.

    Louis XVI et Marie-Antoinette ont été guillotinés en 1793 et 1794. Le prince héritier, Charles Louis meurt en prison en 1795 âgé de dix ans, victime de la tuberculose. Mais certains ont affirmé que le dauphin avait été sauvé et qu'un autre enfant lui avait été substitué. En 1833, Charles Guillaume Naundorff, de nationalité allemande, arrive à Paris en prétendant être Louis XVII. Non convaincues, les autorités françaises l'expulsent vers l'Angleterre. En 1845 il s'installe aux Pays-Bas à Delft où, il meurt la même année. En 1863, les autorités néerlandaises octroient aux descendants de Naundorff le droit de porter le nom de-" Bourbon ". Sur la tombe de Charles Guillaume Naundorff est d'ailleurs inscrite l’épitaphe : " Ci-gît Louis XVII, Charles Louis, duc de Normandie, roi de France et de Navarre ".

    Connue comme " l’énigme de Delft ", cette histoire a fait couler beaucoup d'encre et le mystère n’est toujours pas élucidé. En 1950 le squelette de Naundorff a été exhumé. Une mèche de cheveux et l'humérus droit ont alors été prélevés afin d'effectuer des analyses pour détecter les traces éventuelles d’un empoisonnement à l’arsenic.

Tests d’ADN réalisés par deux laboratoires.

    Le 2 juin dernier, l'affaire rebondit. Le professeur jean-Jacques Cassiman, de l'université de Louvain, en Belgique a rendu publiques les conclusions des analyses génétiques réalisées par son équipe. L’ADN, infime particule présente dans chaque cellule du corps, est responsable de la transmission des caractères héréditaires. Dans ce cas précis, c'est une analyse de l'ADN mitochondrial - situé dans les centrales énergétiques de la cellule et uniquement transmis par la mère - beaucoup plus petit que le nucléaire classique, qui a été effectuée.

    Les résultats de l’étude des échantillons capillaires, comparés aux cheveux des deux tantes du dauphin, Johanna-Gabriela et Maria-Josepha puis de la reine, Marie-Louise et de sa fille Charlotte, parentes de Marie-Antoinette ne furent pas considérés comme probant par les scientifiques. Jean-Jacques cassiman et son équipe firent alors appel aux descendants vivants : Anna de Roumanie et son frère André de Bourbon-Parme. La conclusion est tombée, nette comme un couperet : " Il n'y a pas de liens décisifs entre Naundoff et Marie-Antoinette ".

    Là où l'histoire se complique, c’est qu’un laboratoire de Nantes a lui aussi effectué des analyses à partir des cheveux d'André de Bourbon-Parme mais les résultats diffèrent de celles réalisées en Belgique, en raison, semble-t-il, de la démultiplication excessive des cellules.

A qui appartient l’os analysé ?

    Les mêmes discordances apparaissent concernant l'analyse de l'os. Cet humérus droit qui dans un rapport scientifique datant de 1950 est mentionné comme étant- un cubitus... Alors humérus ou cubitus ? la question demeure et pour Charles-Louis-Edmond de Bourbon, c'est là que réside le principal problème. Restés 46 ans dans un bocal non scellé qui a été transporté en différents lieux, ces morceaux d'os sont-ils vraiment ceux de Naundorff ? C'est également la question que se pose le laboratoire nantais qui conclus que "l'os qui nous a été présenté comme étant. celui de Monsieur Naundorff n'est pas apparenté par la lignée maternelle aux descendants de l'impératrice Maria-Thérésa ".

une nouvelle exhumation

    Devant cette incertitude sur la provenance: de l'os, les laboratoires français et belges se rejoignent et souhaitent, comme Charles Louis Edmond de Boubon et ceux qui soutiennent sa cause, procéder à une nouvelle exhumation. Pour l'instant, la mairie de Delft s'y oppose formellement, de même, que la mairie de Paris refuse celle du corps de l'enfant enterré en 1795 dans le cimetière Sainte-Marguerite.

    Le mythe demeure donc et Charles Louis Edmond de Bourbon, cadre technique, à la retraite depuis dix ans, consacre tout son temps à la défense de ce dossier. Le 24 septembre prochain, nul doute que lors de l'assemblée générale de l'Institut Louis-XVII, les questions concernant les derniers rebondissements de cette affaire seront au cœur des débats.

Armelle Guillorit

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