Les mystères de l'Histoire ont la vie dure. Et ce ne sont pas les conclusions scientifiques qui viendront émousser les convictions des soi-disant " survivantistes ", ainsi que l'on appelle les partisans de Charles-Louis-Edmond Naundorff, prétendu descendant de Louis XVII. A peine les chercheurs Jean-Jacques Cassiman (université de Louvain) et Olivier Pascal (université de Nantes) avaient-ils rendu leurs conclusions au terme de cinq années de recherche sur l'analyse des fragments d'ADN et affirmaient que Karl-Wilhelm Naundorff (mort, en 1845 à Delft) ne pouvait être Louis XVII, que les " naundorffistes " se sont immédiatement récriés.
Ils contestent - comme Philippe A. Boiry, connu pour s'être longtemps autoproclamé prince d'Araucanie - les échantillons prélevés sur l'humérus de Naundorff et conservés par la police judiciaire des Pays-Bas dans un récipient non scellé depuis cinquante ans. Philippe A. Boiry, qui avait fourni des cheveux de la reine Marie-Antoinette aux fins de les comparer avec l'ADN de Naundorff, a Incité l'actuel " prétendant naundorffiste ", Charles-Louis-Edmond de Bourbon, 70 ans, technicien des usines Dassault à la retraite, à demander une nouvelle exhumation de son ancêtre, enterré à Delft avec pour épitaphe : " Ci-gît Louis XVII, duc de Normandie, roi de France et de Navarre. "
Dès lors, dans les rangs
de ses partisans, chacun y va de son explication. Pour Madeleine Duvielbourg,
porte-parole de l'institut Louis XVII entourée dans son officine
du XVII arrondissement de Paris de fleurs de lys, de drapeaux frappés
du sacré-coeur et d'un portrait du maréchal Pétain,
," ce ne sont pas les résultats que nous contestons, mais l'authenticité
de l'os de Naundorff ".
Mission
impossible
Pour elle, l'énigme demeure tant que la mairie de Delft n'aura pas autorisé l'exhumation de Karl Wilhelm Naundorff. " il se trouve que les conclusions présentées ne sont pas celles que la famille Naundorff aurait souhaitées ", souligne Jacques Hamann, du Cercle d'études historiques sur la question Louis XVII, " mais notre image de l'Histoire n'en sera pas modifiée. Le mystère plane toujours ".
N'est-ce pas ce que souhaitent, au fond, les naundorffistes ? L'affaire aurait-elle eu un tel retentissement si la question Naundorff n'avait rejoint dans l'imaginaire collectif les grandes énigmes de l'Histoire, revisitées par le mythe du roi caché, sorte de Grand Monarque salvateur ? C'est l'avis de l'historien Philippe Delorme, auteur chez Tallandier de L' Affaire Louis XVII : " Toute cette polémique ne résoudra rien. Mais il y a trop d'incohérences, trop d'invraisemblances pour que Naundorff soit vraiment Louis XVII. La seule solution serait de prouver que l'enfant mort à la prison du Temple le 8 juin 1795 était bien Louis XVII. Cependant, tous les chercheurs s'accordent à reconnaître que les ossements exhumés au XIX siècle et présentés comme les restes de Louis XVII ne sont pas ceux du dauphin. Les siens ont dû être jetés dans la fosse commune du cimetière Sainte Marguerite (près de la Nation), là où se trouve aujourd'hui une école maternelle. "
Autant dire que cela ressemble à une mission impossible. A moins que l'on procède à une analyse du cœur de Louis XVII conservé pieusement à la nécropole royale de Saint-Denis et prélevé à l'époque par le médecin légiste. Peut-être y décèlerait-on des similitudes avec l'ADN de Marie-Antoinette. " La vérité est pourtant simple, rappelle Philippe Delorme, puisqu'on peut suivre jour après jour l'évolution de la tuberculose qui a emporté Louis XVII... Mais on ne se résout jamais à la mort naturelle des personnalités ! " Que pèse la vérité historique au regard de la légende ?
Stéphane BERN. LE FIGARO du 04/06/1998