Le 8 juin 1795, à paris, dans une chambrette puante et sinistre de l'antique Tour du Temple, trépassait, victime du scrofule, un blondin né, à Versailles, le 27 mars 1785. Son nom ? Louis-Charles de Bourbon. Il avait été pour les monarchistes Louis XVII, roi de France et de Navarre, pour les républicains « le petit Capet », « le Louveteau ».Retour à la page d'accueilBeaucoup de monde douta de la brusque fin du pauvre jeune prince; l'on parla de fuite, de substitution... Et au fil du temps, une multitude d’imposteurs prétendirent être Louis-Charles ou descendre de lui. Les plus fameux restent Maturin Bruneau, Jean-Marie Hervagault, Claude Perrin, Karl-Wilhem Naundorff.
Fruit de l’union de braves fermiers de Varennes--sous-Montsoreau, Mathurin Bruneau, soiffard, « analphabète (...) rustaud », fut Compagnon du Devoir en 1801, fantassin en 1905, voleur à New--York, à Baltimore. « Il se fait portraiturer en uniforme de dragon(...), éblouissait (...) en adoptant les attitudes et le langage impérieux des rois ». La crapule expira incarcérée au Mont Saint-Michel le 26 avril 1821.
Rejeton d'un tailleur de Saint-Lô, Jean-Marie Hervagault gueusa sur les routes, les chemins, les breuils de 1796 à 1800, et en 1801, de jolie mine et plein d’audace, n’eut point de mal à convaincre une poignée de nobles champenois, un brin jocrisses, qu’il était le légitime héritier du Trône Fleurdelisé. Bref triomphe : la justice, qu’impatientait ses propos, l’intégra, en 1806, au bataillon colonial garnissaire de Belle-Ile. Le drôle tira pays. Les gendarmes le traquèrent, le renchaînèrent, et il s’endormit du dernier sommeil à la prison de Bicêtre le 8 mai 1812.
Natif de Lagneu, Claude Perrin, failli, mouchard, usa de pseudonymes variés, baron de Richemont, baron Picquet , colonel Gustave, Louis Charles Bourlon, Henri Hubert ... « Médiocre stature, (...), un peu gros, front bas, bouche moyenne, menton rond, teint frais" » il mystifia l’un des gouverneurs du duc de Bordeaux, des aristocrates, des prêtres, « reçu des dons considérables, (...), posséda des comptes en banque à Paris, à Lyon, à Calais, à Toulon, peut-être à l’étranger »... et fut encellulé à Sainte Pélagie. Libéré, l’arsouille trouva chapons gras, vins gouleyants, lit de plumes chez la bêtasse comtesse d’Apcher ; il y ferma les yeux à jamais le 10 août 1853.D’origine prussienne pensent les trois-quart des historiens, Karl-Wilhelm Naundorff, horloger à Spandau, faux-monnayeur à Brandebourg, fondateur d’une secte teintée de christianisme à Londres, ingénieur-artificier aux Pays-Bas, fréquenta toutes les geôles de l’Europe. Elégant, cultivé, il rassembla un flot de partisans. Le picaro germain mourut a Delft le 10 août 1845, demi-fou. La science génétique vient de démasquer l’usurpation.
Bruneau, Hervagault, Perrin ne laissèrent ni fils, ni fille. Les arrière-arrière-petits-enfants de Naundorff se disent encore, de bonne foi, ceux de l’auguste martyre du Temple. Romanesque, romanesque, quand tu nous tiens.Jean Silve de Ventavon
Journal "FRANCAIS D'ABORD" N° 280 juin 1998