INTRODUCTION

            Travaillant à une révision de la documentation sur l'iden-tité de Louis XVII, roi de France et de Navarre avec le personnage qui vécut en Prusse de 1810 à 1832 sous le nom de Charles-Guillaume Naundorff, je me suis réalisé tout l'intérêt que pourrait offrir la publication d'un aperçu généalogique sur sa descendance. C'est ainsi que j'ai été amené à concevoir le présent ouvrage dans lequel la généalogie des Princes de la Survivance est pourvue d'une annexe donnant les portraits des personnes qui y sont mentionnées, et complétée par des aperçus généalogiques sur plusieurs des familles avec lesquelles ces Princes se sont alliés par mariage. Ces aperçus seront élargis plus tard; les portraits qui y sont annexés sont provisoirement limités aux personnes contemporaines de Louis XVII, donc du XIXe siècle.

            De plus, une étude bio-généalogique donne la preuve que Louis XVII était bien l'enfant de Marie-Antoinette et de Louis XVI, contrairement aux calomnies de l'époque, répétées de temps en temps jusqu'à nos jours, et si injurieuses pour la Reine. Enfin on y trouve quelques portraits de personnages qui ont défendu, soit la réalité de l'évasion de Louis XVII, soit son identité avec l'horloger de Spandau, et qui se sont montrés les protagonistes actifs et fidèles de la Survivance, ainsi que des portraits de personnages qui ont, par leurs paroles ou par leurs actes, donné la certitude qu'ils étaient convaincu que Louis XVII et Naundorff étaient identiques. Mon intention est d'accroî-tre cette iconographie afin que ceux qui s'intéressent à la cause de Louis XVII puissent y trouver représentés les personnages dont les noms leur auront été rendus familiers par la littérature survivantiste.

            Afin de faciliter la lecture de la généalogie, quelques indications, sont, je crois, néces-saires. Comme on le verra, la famille de Bourbon qui, pour les monarchistes survi-vantistes français, constitue la Maison royale de France, se divise en deux branches masculines ayant respectivement pour auteurs les princes Charles-Edmond et Adelberth, troisième et quatrième fils de Louis XVII et de Jeanne-Frédérique Einert, son épouse légitime:

        - la branche Charles-Edmond, dite, à cause de son établissement en France, la « branche française », qui a pour chef le prince Henri, Duc de Bourgogne;

       - la branche Adelberth restée établie aux Pays-Bas et qualifiée « branche néerlandaise », dont le chef est le prince Louis-Adelberth, Duc de Normandie.

            Depuis 1883, il y a rivalité dynastique entre les deux branches. Aussi bien, jusqu'à cette époque, les fils de Louis XVII, fidèles à l'exemple donné par leur père s'étaient--ils cantonnés sur le terrain des revendications civiles. En 1877, le prince Charles-Edmond avait même, par acte notarié, cédé tous ses droits à son frère cadet Adelberth.

            Mais le 24 août 1883 meurt le comte de Chambord, Henri V, dont les Bourbons de la Survivance sont, suivant l'ordre salique, les plus proches parents. Or, seul des fils de Louis XVII, le prince Charles-Edmond est de religion catholique.

            Deux positions opposées se font face. En France, le journal « La Légitimité » qui vient d'être créé pour défendre les droits de la Survivance du Roi martyr, prend parti pour les enfants de Charles-Edmond lequel avait suivi de près son cousin dans la tombe. Aux Pays-Bas, le 14 novembre 1883, quinze jours après le décès du prince Charles-Edmond, son frère aîné Louis-Charles, chef de la famille, prenant en considération certaines circonstances familiales et l'accord de 1877, renonce à tous ses droits familiaux, civils et dynastiques en faveur de son frère Adelberth; l'acte de renonciation signé à Ginneken (Hollande) est légalisé par le bourgmestre Me W. H. E. baron van der Borch, membre de la deuxième chambre des Etats-Généraux des Pays-Bas.

            Par cet acte qui modifiait l'ordre de succession dynastique, la personne du prince Adelberth de France se trouvait substituée à celle de son frère aîné et la lignée d'Adel-berth prenait rang avant celle de Charles-Edmond. On trouverait facilement d'autres exemples de substitution comparable.

            Sans tarder, le prince Adelberth s'affirma chef de la famille et « Roi de droit ».

            Mais peu de temps après, sous l'influence de sa sœur aînée, la princesse Amélie, et des dirigeants de « La Légitimité », Louis-Charles revient sur ses décisions, il se rapproche de ses neveux, fils de Charles-Edmond, manifeste publiquement ses droits et se convertit au catholicisme. Il est reconnu par de nombreux légitimistes sous le nom de Charles XI.

            Ainsi deux dynasties s'affrontent. Adelberth Ier qui meurt en 18 87, est continué par son fils aîné lequel, en 1892, abandonne la Hollande et la brillante carrière militaire qui s'ouvrait devant lui, pour venir en France faire acte de Prétendant. Le prince Louis renonça vite à ses prétentions.

            Charles XI réussit à faire l'union sur son nom mais, à sa mort, en 1899, de nouveau, deux « Rois de droit » surgissent: l'un est Auguste-Jean, fils aîné de Charles-Edmond, reconnu par ses partisans sous le nom de Jean III; l'autre est Henri-Jean-Edouard, second fils d'Adelberth, qui se déclare chef de la famille, s'intitule Duc de Normandie et prend le nom dynastique d'Henri VI voulant montrer par là sa fidélité à l'idéal monarchique et chrétien qui avait été celui du Comte de Chambord, Henri V, dont il revendique la succession et relève le drapeau.

            A Jean III qui meurt en 1914, succède Henri-Charles-Louis, son fils unique, né à Lunel (Hérault) en 1899, reconnu « Roi de droit » sous le nom d'Henri V, et qui, après une période d'effacement et de retraite que met à profit son compétiteur Henri VI, prend le titre de Duc de Bourgogne et rénove en 1937 l'Ordre de Saint-Michel institué à Amboise, le 1er  août 1469, par Louis XI, cinquante-cinquième Roi de France.

            A Henri VI qui meurt en 1937 succède Louis-Jean-Henri-Charles-Adelberth, comte de Boulogne, né à Renkum (Pays-Bas) en 1908, qui relève le titre de Duc de Normandie et prend comme « Roi de droit » le nom de Louis-Adelberth. Ce prince a trois enfants: deux fils dont l'aîné, Charles-Louis, est né à Nimègue en 1933, et une fille. En revanche son compétiteur, marié depuis plus de vingt ans, est encore actuelle-ment sans postérité.

            Mgr. le Duc de Bourgogne et Mgr. le Duc de Normandie sont l'un et l'autre arrières-petits-fils de S.M. le roi Louis XVII et chacun d'eux peut légitimement se con-sidérer comme l'aîné de la Survivance, les deux branches dont ils sont respectivement chefs pouvant l'une aussi bien que l'autre passer pour être la branche aînée, la première suivant l'ordre naturel, la seconde par voie de substitution.

            L'antagonisme semble donc irréductible, et il se trouve exprimé dans la présente généalogie par la désignation des « Rois de droit » et des « Dauphins de France » dans chacune des deux branches et la mention « voir l’introduction » dont ces désignations sont accompagnées.

            Cependant cet antagonisme qui, à certaines époques, se manifesta avec une grande violence, va depuis quelques années en s'amenuisant et les deux « Rois de droit », sans rien abandonner de leurs prétentions adverses, apparaissent aujourd'hui un peu comme deux « Rois associés », ce qui est dans la plus authentique tradition capétienne, les déci-sions de l'un étant généralement suivies d'une approbation de l'autre, approbation tacite parfois et d'autres fois formellement exprimée.

            Aussi bien, en cas de décès sans enfant de Mgr. le Duc de Bourgogne, le chef de la branche Adelberth subsisterait seul comme « Roi de droit » puisque la branche Charles-Edmond ne compte plus aujourd'hui en dehors de la personne de son chef qu'un seul représentant, civilement légitime, mais qui, étant né antérieurement au mariage religieux de ses parents, ne peut être considéré comme prince du sang. Le nom de ce membre de la famille de Bourbon frappé d'incapacité dynastique, est mentionné à sa place dans cette généalogie. En revanche n'y figurent pas les noms des enfants naturels qu'au soir de sa vie le prince Louis Edmond a reconnus.

            Je ne cacherai pas que la mise au point de ce travail cependant bien modeste m'a demandé pas mal de déplacements, de vérifications et de recherches. Je n'ai pas voulu utiliser les ouvrages antérieurs sans en contrôler les données dans les archives d'état-civil tant en Prusse, qu'en Angleterre, en France ou aux Pays-Bas. Pour réaliser une collection de portraits qui n'est pas la partie la moins importante de cet ouvrage, j'ai dû prospecter et rassembler des matériaux fort divers. A mon regret finalement il manque encore dans la documentation iconographique de la descendance trois portraits, ceux de Hermine-Dorothée-Gisberthe de Kruyff, de Xavier-Abel Martin de Laprade, et d'Amélie-Suzanne Mesureur.

            Concernant les références aux collections indiquées pour les tableaux et les sculptures reproduits il me faut avouer que dans quelques cas j'ai dû me contenter de données surannées. Je m'excuse auprès du lecteur des lacunes qu'il rencontrera et je lui saurai gré s'il veut me faire part des observations et des renseignements complémentaires que la lecture de cet essai lui aura suggérés ou remis en mémoire.

            Mon but sera atteint dans la mesure où mon travail aura contribué à mieux faire connaître la Survivance du Roi-Martyr et à gagner à sa cause de nouveaux fidèles.

            J'adresse ici tous mes remerciements à ceux qui, aux Pays-Bas et en France, par leur aide et par leurs conseils, m'ont permis de concourir plus facilement à ce but.

                                                                                                                                    Carel J. A. BEGEER
Voorschoten, le 31 août 1949.
 
 
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