LOUIS XVII ET LA HOLLANDE Les six derniers mois de la vie du proscrit constituent en fait la période la plus importante de l'existence de Louis XVII, et ceci pour deux raisons : la première, c'est que pour la première fois de sa vie, Naundorff-Louis XVII a été reconnu par une cour officielle, celle de Guillaume II de Hollande, la seconde, c'est que l'examen post-mortern réalisé après son décès survenu, rappelons-le, le 10 août 1845 (il y a donc tout juste 150 ans!), signale des particularités physiques qui permettent d'identifier Naundorff à Louis XVII et notamment la tache de mère (naevus maternus) dont nous reparlerons.
Il faut, je crois, revenir brièvement, sur les dernières années de la vie de Naundorff-Louis XVII.
En 1836,sous le gouvernement de Louis-Philippe, le prince assigne sa sœur, la duchesse d'Angoulême et son oncle le comte d'Artois (ex Charles X) à comparaître devant le tribunal de la Seine, en annulation de l'acte de décès de juin 1795, ce qui entraîne son expulsion de France (comme étranger), après confiscation de 202 pièces. Nul doute que ces pièces si souvent citées, ont existé[(*) Texte original de la saisie:
"Une liasse composée de deux cent deux pièces diverses saisies au domicile de M. Naudorff (sic), suivant le procès verbal du commissaire de police du quartier du fg Montmartre, en date du 15 juin 1836.
Le commissaire. "Charles-Louis,
"Barles, "duc de Normandie. ]D'autre part, nous avons retrouvé aux Archives nationales, une correspondance entre le ministère de la Justice et le ministère des Affaires étrangères, avec une demande de communication de certaines de ces pièces. Malheureusement, si le dossier du quai d'Orsay existe (en fait de « Dossier Rouge », il est de couleur verte), il est vide de tout contenu.
Le Prince séjourne alors en Angleterre, avec sa famille, jusqu'au début de l'année 1845.
Nous passons rapidement sur cette période et sur les deux tentatives d'assassinat. Pendant toute cette période, Naundorff-Louis XVII ne reste pas inactif, bien au contraire, il étudie la pyrotechnie, et va développer dans le petit atelier qui jouxte le cottage de Camberwell green, plusieurs inventions dont il voudrait faire profiter son pays natal - la France. Nous sommes en 1841. Il dépêche Modeste Gruau (ancien procureur du roi, démissionnaire par fidélité en 1830, fait comte de La Barre le 21 janvier 1838) auprès du maréchal Soult : le maréchal Soult déclara, sur l'exposé qui lui en avait été fait par le comte Gruau de La Barre : « Que ces inventions étaient admirables et qu'il autorisait à en faire des expériences ». Mais le ministre ajouta qu' « il ne consentait pas à ce que l'inventeur rentre en France momentanément et qu'il pouvait vendre ses inventions à l'Angleterre ». Après ces démarches infructueuses, il décide alors, sur les conseils de M. Bremond (ancien secrétaire particulier de Louis XVI de 1788 au 10 août 1792) de confier le bénéfice de ses découvertes à un pays neutre, la Suisse. Il se résout; donc à s'embarquer seul pour le continent.
![]()
Passeport de Monsieur Charles Louis de Bourbon, nâtif de France, naturalisé en Angleterre
donné par le consul-général des pays-Bas à Londres, John William May, daté le 17 Janvier 1845
Dimension de l'original 35 cm * 25 cmC'est le 25 janvier 1845, que Naundorff-Louis XVII, venant d'Angleterre, débarque à Rotterdam dans l'intention de traverser la Hollande (ne pouvant parcourir la France) pour gagner la Suisse, où il doit s'entendre avec le gouvernement au sujet de la vente de quelques-unes de ses inventions militaires (pour la somme de 5000 livres sterling).
Pour ce faire, il demande un passeport au consul néerlandais à Londres qui le lui délivre au nom de Charles-Louis, duc de Normandie. Quelques jours après, on l'invite à se présenter au consulat pour rectification d'une irrégularité dans cette pièce. Il est averti qu'il s'agit en fait, de lui retirer son passeport. Il choisit alors de demander à un colonel anglais, le colonel Butts, qui partait pour la Hollande, de le comprendre dans sa suite. A son arrivée à Rotterdam, un commissaire se présente à bord et réclame leurs papiers aux voyageurs. Le prince répond qu'il est de la suite du colonel. « Le colonel est le serviteur, réplique le fonctionnaire, vous êtes le maître. Vous avez un passeport au nom de de Bourbon et vous êtes le duc de Normandie. Nous avons ordre de vous arrêter ». On lui permet cependant de descendre, mais après la remise du passeport, on le place sous surveillance, à l'hôtel du Saint-Lucas à Rotterdam.
C'est là qu'intervient un personnage important: Me Hendrik Jacobus van Buren.
Me van Buren, l'un des plus célèbres avocats du royaume, deviendra le principal promoteur de l'établissement du Prince en Hollande.Il mettra notamment en rapport le proscrit avec son gouvernement pour doter son pays de ses inventions de défense et d'attaques militaires qui furent à cette époque d'une importance de tout premier ordre.
Me van Buren fait sommation au chef de la police de Rotterdam de rendre le passeport qui, souligne-t-il, a été délivré par un diplomate hollandais en fonction à Londres.Le chef de la police s'incline.
Me van Buren avait pour ami, un dénommé Seelig, qui était gouverneur de l'Académie militaire de Breda, et artilleur lui-même. Van Buren va lui faire part des inventions du proscrit :
« Si les inventions du Prince de Bourbon ont l'intérêt que je crois, mieux vaut que ce soit notre pays qui en profite que la Suisse. Nous serons, je crois, à même de faire à l'inventeur une bonne situation. Tout le monde y gagnera. »
Ces inventions vont retenir l'attention du gouverneur Seelig. Un rendez-vous est pris. Le Prince se rend alors à Breda pour rencontrer le gouverneur. Nous avons, à ce sujet, le propre témoignage de van Buren [Déclaration de Mtre Hendrik-Jacobus van Buren, jurisconsulte à Rotterdam, concernant la personne prétendant être Charles-Louis de Bourbon, duc de Normandie, in-folio, s.l.n.d. (Rotterdam, 1873)]:
« Nous nous rendîmes le 19 mars à Breda, où nous fûmes reçus par le Gouverneur [il s'agit donc de Seelig, gouverneur de l’Académie militaire de Breda] qui après avoir eu un entretien avec Monsieur Charles-Louis, dans lequel il s'assura ne pas avoir à faire à un aventurier, mais à un homme d'un génie extraordinaire, convoqua l'Etat-Major de l'Académie. »
« Cet Etat-Major se composait d'un Major d'Artillerie, commandant de l'Académie, de deux capitaines d'Artillerie et de génie, d'un capitaine de Marine et deux lieutenants, auxquels Monsieur de Bourbon fut présenté. »
« Lorsque la conférence eut lieu et les modèles des obus, des bombes et des fusées eurent été exposés, l'importance en fut reconnue, et je reçus l'assurance qu'il s'agissait d'une affaire sérieuse et d'une grande portée. »
« Nous convînmes que je pouvais m'adresser au gouvernement pour cette affaire... »Le vice-Amiral Rijk, ministre de la Marine, et le général List, ministre de la Guerre, sont alors consultés, et l'on autorise les expériences, à la seule condition que les frais de ces expériences soient avancés par l'inventeur lui-même, frais qui lui seront remboursés en cas de succès. C'est encore Me van Buren qui avance les 30.000 florins qui sont nécessaires. Pourtant, le prince se plaindra dans une lettre que cette somme ne suffira peut-être pas à mener à bien la démonstration.
Ces expériences sont pourtant menées avec succès comme en témoigne un document officiel du 13 avril 1845 contre-signé par quatre officiers de l'armée néerlandaise [le colonel Seelig, le lieutenant-colonel Delprat, les capitaines van Keerkurjk et Gobius]
Les soussignés, officiers de l'armée néerlandaise, certifient que M. de Bourbon leur a demandé d'examiner quelques unes de ses inventions pyrotechniques, consistant suivant son exposé dans les objets suivants:
1. De pouvoir diminuer ou même de pouvoir détruire entièrement le recul des canons et fusils.
2. La confection de fusées de guerre se dirigeant plus exactement que les fusées ordinaires et garnies d'une composition qui éclate au moment où la fusée touche le but.
3. Une méthode de diriger les bombes et obus tirés de bouches à feu ordinaires de manière à éclater en touchant le but.
4. Une composition de matière explosive, beaucoup plus énergique que la poudre à canon, servant à charger les bombes et les grenades, et pouvant être employée tant pour les mines ordinaires que pour des mines sous l'eau.La complète réussite de ces expériences préliminaires conduit alors à une conférence avec les ministres de la Guerre, de la Marine et des Colonies qui aboutit, par arrêté royal, à la conclusion d'un traité. C'est le colonel de Bruyn, chef du département de l'Artillerie au ministère de la Guerre que l'on charge de la rédaction de ce traité.
La seule difficulté, semble-t-il, a été élevée par les titulaires des ministères de la Justice et des Affaires étrangères, qui craignaient de mécontenter le gouvernement français. Cette difficulté fut surmontée dès le 8 mai 1845, si nous en croyons la lettre suivante écrite par le colonel Seelig à Me van Buren :Cher ami,
J'étais très réjoui d'apprendre la visite du colonel de Bruyn chez vous, car il en résulte, premièrement qu'on estime l'affaire digne d'être prise à cœur et, deuxièmement, parce que le lieutenant-colonel est un artilleriste (sic) très capable qui a de la suite dans ses manières d'agir et qui ne manquera pas d'encourager aussitôt qu'il sera convaincu que l'affaire est bonne et qu'il voit une chance de la pousser. Il me semble que vous avez très bien arrangé tout à vous deux et la conférence des trois ministres irait droit au but. Je doute que vous l'obteniez aussi promptement et aussi facilement que vous vous le représentez.
J'espère bientôt apprendre que les Excellences se sont réunies comme vous le souhaitez, si cela n'a déjà eu lieu.
Dans le cas où une longue attente vous impatienterait quant à la décision, écrivez hardiment à M. de Bruyn. Je n'entends plus parier de l'affaire en question que par hasard. On la traitera secrètement et l'on fera bien. L'intention qu'on a de placer l'atelier à Delft(*) est une preuve que la crainte pour notre inventeur, ou plutôt celle qu'inspirent ceux qui le persécutent, s'est évanouie. Vous serez obligés de prendre patience maintenant que tant de monde est mêlé à l'affaire et que leur concours est demandé..
Recevez, etc...Seelig.
(*) C'est à Delft qu'étaient les ateliers de pyrotechnie et les arsenaux d'artillerie [C'est en 1842 que le roi Guillaume Il fonde l'Institut Royal supérieur pour la formation des ingénieurs civils à Delft].
Cette lettre, comme on le voit, renforce l'hypothèse selon laquelle le gouvernement français est maintenant à la base des ennuis de "Charles-Louis de Bourbon" et le persécute. Une lettre du colonel Seelig, du 23 mai 1845, trahit d'ailleurs à cet égard d'étranges immixtions de la part du gouvernement de Louis-Philippe, qui avait eu le courage de créer une fausse origine contre le prétendant [Dejean (1839)], mais n'avait pas eu le courage de le juger. Rappelons que, plutôt que de répondre à sa revendication d'état inscrite au tribunal de la Seine, on préféra l'expulser [Correspondance inédite, T.II, p.221 et suiv.]. Voici ce qu'écrit le gouverneur de l'Académie militaire de Bréda à l'avocat van Buren :
« ...Les Excellences de la justice et des Affaires Etrangères sont dans l'embarras à cause de cette affaire, et en opposition avec d'autres intérêts. Je suis très curieux de connaître votre conférence avec la première de ces Excellences, et j'ai la confiance que vous direz une parole énergique pour le soutien de notre indépendance, afin que nous ne soyons pas abaissés à la condition d'instruments de la police française... »
Et loin de se décourager, le même Seelig précise dans cette lettre que « le colonel de Bruyn presse, autant qu'il est son pouvoir, les deux ministres de la guerre et de la marine de soutenir l'affaire ».
Le 7 juin 1845, le colonel de Bruyn écrit encore à Me van Buren :
« Je viens de recevoir à l'instant l'ordre de rédiger l'esquisse d'une convention à passer entre le ministre [de la guerre] de Sa Majesté [Guillaume II] et M. de B .... Cet ordre émane d'un grand pouvoir et m'impose la plus grande célérité!... Toutefois, je ne pourrais faire mention dans cette écriture du nom complet de l'inventeur; cependant je crois que le nom de Charles-Louis ne fera pas ombrage, et que l'inventeur ne se compromettra pas en ne faisant usage que d'une partie de son nom actuel... »
On peut dès lors se poser une question - un ministre du Roi, qui agit sur ordre de sa Majesté
Guillaume Il, députerait-il un officier supérieur auprès d'un inconnu, qui serait de plus suspect d'usurpation de titres royaux, s'appelant duc de Normandie, se prétendant fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette?
Malgré les pressions exercées par le gouvernement de Louis-Philippe, le traité fut conclu, je le répète, par arrêté royal, et pour une somme de 300.000 florins(six-cent-mille francs or, environ), entre le ministre de la guerre, le général List et « Charles-Louis ».
Il est intéressant de noter que les Pays-Bas dotèrent leur marine de cette fameuse Bombe Bourbon qui resta en usage sous cette dénomination jusqu' en 1885 !
![]()
En attendant son établissement à Delft où se trouvaient les établissements pyrotechniques, les arsenaux d'artillerie et de construction, le prince est allé résider à La Haye, à l'hôtel des "Deux villes" (Delft est à quelques kilomètres à peine de La Haye). Lors d'un repos à Scheveningue, il est pris d'une soudaine indisposition apparemment transitoire. Van Buren dit à ce sujet : « Cette indisposition se manifesta par des symptômes tellement violents qu'il pensait être empoisonné ».
Après un cours séjour à Rotterdam, le 2 juillet il vient s'établir à Delft, à l'hôtel Casino (sur le Oude Delft, quartier 2 n° 62 [cette maison existe toujours, elle porte le n°40]. Il se met au travail, en compagnie de Douglas Tucker, son aide-mécanicien, amené de Londres. Il commence ses travaux par l'application du non-recul des armes à feu et la construction de bombes qui devaient éclater au moment du contact avec la cible. Mais il est victime d'une seconde indisposition qui aboutit à son décès le 10 août 1845.Il faut citer, à propos de son séjour à Delft, un document naïf mais pour le moins sincère de l'ancien propriétaire de l'hôtel Casino, M. Casparus Bekker:
« ... [II] est arrivé l'après-midi à 5 heures avec son fils Edouard ... Il était assez bien portant à ce moment, mais fit connaître qu'il avait été indisposé depuis environ huit jours:le but de son arrivée à Delft était, pour autant que j'ai appris, qu'il était en négociation avec le gouvernement pour quelques inventions qu'il voulait lui céder .. Après trois jours ici, il fut à nouveau indisposé, se plaignant de douleurs au côté qui furent de telle nature que le secours d'un médecin fut nécessaire »...
On appelle le Dr Jan Soutendam, mais malgré les soins prodigués et en présence de deux autres collègues : le docteur Kloppert et surtout le docteur Snabilié, qui était chirurgien-major de la Garde du roi Guillaume Il, son état s'aggrave à partir du 1er août. Finalement, le décès survient le dimanche 10 août vers 2 h 1/2 de l'après-midi.
Du rapport du docteur Soutendam, lui-même, il ressort que :
« Beaucoup d'intérêt fut témoigné à l'auguste malade. Des bulletins furent envoyés sur l'état de santé au ministre de la Guerre, le général List, qui de temps en temps vint en personne prendre des informations.»
Grâce, une fois de plus, à l'intervention de Me van Buren, qui se chargea des démarches nécessaires, Modeste Gruau avait pu rapatrier la famille du prétendant, qui arrive à Delft le 4 août. Sont présents, son épouse, son fils aîné Charles-Edouard (24 ans), et deux de ses filles , Jeanne-Amélie plus connue sous le nom d'Amélie de Bourbon (26 ans) [dont la dépouille repose à Messac], Marie-Antoinette (16 ans) ainsi que le comte de La Barre.
Le séjour du prince en Hollande n'avait pas duré plus de sept mois (et six semaines à Delft).
Il fallut rédiger l'acte de décès. Le bourgmestre de Delft, M. van Berkel, chef de l'état-civil, avait hésité à rédiger l'acte selon la déclaration des témoins. Il se rendit donc en personne au ministère de la Justice. Tranquillisé, il put librement rédiger l'acte conformément à la déclaration de la famille, comme suit:
".... le dix août de cette année, vers trois heures de l'après-midi, .... ., est décédé Charles-Louis de Bourbon, duc de Normandie, Louis XVII (ayant été connu sous les noms de Charles-Guillaume Naundorff, né au château de Versailles, en France, le vingt-sept mars dix-sept cent quatre-vingt-cinq,..., fils de feu Sa Majesté Louis XVI, roi de France, et de son Altesse impériale et royale Marie-Antoinette, etc... "
A noter que la duchesse d'Angoulême, toujours vivante (elle décédera à Frohsdorf le 19 octobre 1851), ne contestera jamais les termes de cet acte de décès. Toutefois Xavier de Roche précise que l'ambassadeur de Louis-Philippe demanda la rectification de l'acte de décès de Delft, mais, au témoignage de M. Hoegwater, député aux Etats généraux des Pays-Bas, sa demande fut rejetée comme non fondée.
Le 12 août eut lieu l'examen post-mortem du cadavre de Charles-Louis, et ce à la requête de son fils Charles-Edouard et en présence de Cornelis Theodorus van Moeurs, Major d'Artillerie (futur aide-de-camp du roi et futur ministre de la Guerre), de Me Hendrik Jacobus van Buren, dont il faut retenir parmi les particularités physiques signalées .. le naevus maternus et les cicatrices d'inoculation.
« à la partie médio-inférieure de la cuisse gauche, une tache de mère (naevus maternus) étendue, superficielle et irrégulière, non pourvue de cheveu. »
Je crois qu'il faut que nous nous arrêtions quelques instants sur ce point particulier pour rappeler le témoignage du Dr Jeanroy à Mme Morel de Saint-Didier en ces termes révélateurs : « si le Prince a été sauvé, on le reconnaîtra entre dix mille par un signe remarquable qu'il porte à la cuisse ». Nicolas-Dieudonné Jeanroy est né à Nancy en 1750, il décède le 27 mars 1816! Membre de la Société Royale (future Académie) de médecine, il a été attaché à la Maison de Lorraine, plusieurs fois appelé à la Cour, il connaissait parfaitement le dauphin. Avant de mourir, il laisse à ses héritiers un Mémoire à ne publier que cent ans après sa mort. En 1916, l'enveloppe sera ouverte par son arrière-petit-neveu, le colonel René Jeanroy. Dans une correspondance publiée en 1947 par Alain Decaux : « Louis XVII retrouvé ... » le colonel Jeanroy énumère trois marques que connaissait bien le docteur, pour avoir soigné le dauphin dans ses premières années. Rappelons que Nicolas-Dieudonné Jeanroy était l'un des quatre médecins ayant participé à l'autopsie de l'enfant mort au Temple le 8 juin 1795.Le manuscrit a malheureusement disparu.
L'existence de ce signe fut de même attestée par Jean-Baptiste Brémond, ancien secrétaire général du ministère de l'intérieur sous Louis XVI, dans le témoignage qu'il a laissé.Signalons par ailleurs, que plusieurs faux dauphins ont tenté d'utiliser ce signe pour se faire reconnaître : notamment Mathurin Bruneau et Hervagault.
Voici la façon grotesque dont Mathurin Bruneau nous raconte l'origine de son « Saint-Esprit » dans son « Manuscrit » de 1817 : "A ces marques identiques, il en est une que j'ai reçue en 1801 lorsque le Pape Pie VI [qui était mort! ... ] m'a sacré roi de France dans son Palais au milieu du Conclave. Dans ce temps de trouble et d'anarchie, il me fit lui-même une marque ineffaçable sur la cuisse gauche, représentant le « Saint-Esprit ».Quant à Hervagault, qui voulut aussi posséder un "signe de reconnaissance", il se contenta de l'impression d'une fleur de lys sur la jambe droite [!] qu'il exhiba devant les convives, en 1801, au banquet qui lui fut offert au château de Pringy, près de Vitry.
« au bras supérieur gauche dans le milieu de la partie intérieure de la troisième partie supérieure, trois cicatrices d'inoculation, dans la forme d'un triangle dont la base est tournée vers le bas. »
Madame de Rambaud qui fut attachée à la personne du Dauphin depuis sa naissance, le 27 mars 1785, jusqu'au 12 août 1792, jour de son emprisonnement au Temple, s'exprime ainsi à ce sujet dans une déposition faite au tribunal du Mans en date du 12 juillet 1837 [greffe du tribunal du Mans] :
« Le prince fut inoculé au château de Saint-Cloud à l'âge de 2 ans et 4 mois, en présence de la reine, par le docteur Jouberton, inoculateur des enfants de France et des docteurs Brunier et Loustonneau. L'inoculation eut lieu pendant son sommeil entre 10 et 11 heures du soir .... Témoin de cette inoculation, j'affirme aujourd'hui que ce sont les mêmes marques que j'ai retrouvées, auxquelles on donna la marque d'un triangle. »
Le jeudi 14 août 1845, vers 7 heures du matin, la dépouille du prince est déposée dans un caveau du cimetière de Delft en présence de la majeure partie des officiers de la ville.
![]()