Les dictionnaires 1e qualifient d'aventurier prussien. L'Encyclopaedia Universalis l'ignore purement et simplement, tout comme 1a " bible " historique que constitue Le petit Mourre. L'homme s'appelait Karl Wilheim Naundorff et se prétendait le fils de Louis XVI et Marie-Antoinette. Il est au cœur d'une de ces énigmes historiques inépuisables qui se forment autour du mystère de 1a naissance ou de la mort de descendants disparus de princes, rois ou empereurs.
Le jeune Louis XVII, duc de Normandie sorti en juillet 1793 de la prison d Temple, où il avait été enfermé au lendemain du 10 août 1792 qui vit le roi définitivement déchu, avait été confié par la Commune de Paris aux soins d'un cordonnier dénommé Simon. Il avait alors 8 ans. En janvier 1794, Simon se voit retirer l'enfant, dont la garde est alors assurée par quatre commissaires de la Commune. Plus aucun de ses proches ne peut l'approcher. Souffrant de scrofule, il meurt le 20 prairial de l'an III (8 juin 1795) au moment, semble-t-il, où la Convention s'apprêtait à l'échanger contre des révolutionnaires français emprisonnés en Autriche. Il est enterré secrètement au cimetière Sainte-Marguerite, à Paris.
En 1824, à Brandebourg (Prusse), l'horloger Naundorff est condamné à trois ans de prison pour fausse monnaie. A sa libération, il prétend être Louis XVII et publiera bientôt les Mémoires du duc de Normandie, puis les Révélations sur l'existence de Louis XVII. En 1833, il vient plaider sa cause à Paris. Expulsé trois ans plus tard, il meurt en 1845 à Delft (Pays-Bas). Sur sa tombe, l'épitaphe proclame . " Ci-gît Louis XVII, duc de Normandie, roi de France et de Navarre. " Il y eut d'autres pseudo-Louis XVII, mais sa thèse a trouvé jusqu'à aujourd'hui des partisans. Les " naundorffistes " ou " survivantistes " soutiennent qu'il y eut substitution d'enfants.
Pour en avoir le cœur net deux équipes scientifiques à l'université catholique de Louvain en Belgique et 1'université de Nantes ont travaillé pendant cinq ans procédant à des tests pour comparer l'ADN de Naundorff, prélevé sur un de ses os, à celui des cheveux de Marie-Antoinette et de deux de ses sœurs. Ils ont aussi examiné le sang d'Anna de Roumanie et les cheveux de son frère, André de Boubon-Parme, deux descendants de Marie-Antoinette encore vivants. Conclusion Naundorff est un usurpateur. Mais les survivantistes n'en démordent pas, contestant la validité du prélèvement effectué sur l'humérus de Naundorff, exhumé en 1950 et conservé selon eux trop longtemps dans un laboratoire de la police néerlandaise. Il demandent une nouvelle exhumation, et une nouvelle analyse. On pourrait aussi exhumer le petit corps qui repose dans le cimetière Sainte-Marguerite, À Delft pas plus qu'à Paris, les autorités n'y semblent disposées. Le mythe trouvera là quelque raison de survivre.
Jean-François BOUTHORS
Journal "LA CROIX" du 04 juin 1998