Karl Wilhelm Naundorff, prétendu dauphin de Louis XVI, trahi par son humérus
 

    " CI-Gît Louis XVII, duc de Normandie, roi de France et de Navarre. " L’épitaphe, fameuse, est gravée sur la tombe de Karf Wilhelm Naundorff. Et elle vient d'être démentie avec une quasi-certitude, par la biologie moléculaire. Après cinq ans de travaux, deux équipes de généticiens de l'Université catholique de Louvain (Belgique) et de l’université de Nantes (Loire-Atlantique) sont aujourd'hui en mesure de l’affirmer: apparu en Prusse en 1810 et mort à Delft (Hollande) en 1845, le plus célèbre des prétendus dauphins de Louis XVI était un imposteur.

    Le prince-héritier, Charles-Louis, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, a-t-il survécu à son enfermement, survenu sous la Terreur, après l'exécution de ses parents, dans la prison du Temple de Paris ? A-t-il été, comme le veut la rumeur depuis deux siècles, remplacé dans sa geôle par un autre enfant, emporté à sa place par la tuberculose à l'âge de huit ans, en 1795 ? L’Histoire ne le dira peut-être jamais. Mais l'ADN mitochondrial, lui, a parlé.

    Une fois de plus, cette information génétique, exclusivement transmise par voie maternelle (car elle est contenue non pas dans le noyau des cellules, mais dans leurs " centrales énergétiques", les mitochondries), a démontré son pouvoir d’élucidation généalogique.

LE " PRÉCÉDENT " ROMANOV

    Comme elle l’avait fait il y a quelques années avec les Romanov: elle avait permis aux généticiens de confirmer que les ossements retrouvés dans une fosse commune des montagnes de l’Oural appartenaient bien à Nicolas Il, le dernier tsar de toutes les Russies (Le Monde du 12 juillet 1993).

    Naundorff, qui essaya jusqu'à sa mort d’obtenir la reconnaissance de sa royale ascendance, a toujours été seul dans son combat Mais les contradictions relevées dans sa biographie ont finalement entraîné, en 1950, l'ouverture de sa tombe pour une étude de son squelette. " Une mèche de cheveux et son humérus droit utilisés pour détecter un empoisonnement éventuel à l'arsenic, ont alors été prélevés. Ces restes ont été mis officiellement à la disposition de notre laboratoire en 1993 pour une analyse d’ADN ", raconte Jean-Jacques Cassiman, du Centre de génétique humaine de Louvain.

    Ce sont ces reliques, confrontées à celles des parents maternels de Louis XVII, qui ont permis de lever le mystère. Les fragments d’ADN mitochondrial extraits de l’os se sont en effet révélés sans lien de parenté avec ceux prélevés sur des cheveux de Marie-Antoinette. Pas plus qu’avec les échantillons capillaires, retrouvés dans un couvent autrichien, de deux sœurs de la reine, Johanna-Gabriela et Maria-Josepha.

    " Pour être certain que Naundorff n'est pas Louis XVII, il faudrait qu'une autre équipe parvienne, indépendamment et sur un autre échantillon biologique, aux mêmes résultats que nous", précise prudemment jean- Jacques Cassiman. Mais les analyses effectuées, à paraître prochainement dans European Journal of Human Gënetics, sont déjà convaincantes. D'autant que des tests complémentaires ont été réalisés à partir du sang et des cheveux de deux descendants toujours en vie de Marie-Antoinette, Anna de Roumanie et son frère André de Bourbon-Parme. Avec des conclusions identiques.

    Pour le descendant direct de Naundorff, le coup est rude. Si l’ADN dit vrai, Charles Louis Edmond de Bourbon, ingénieur retraité en France, perd tout espoir d’être reconnu un jour héritier du trône à la place du comte de Paris. A moins que les " survivantistes ", persuadés que le fils de Louis XVI a survécu à la prison, ne finissent par obtenir gain de cause. " Nous ne contestons pas les résultats présentés aujourd'hui, mais l'authenticité de l’os de Naundorff ", affirme en substance Madeleine Duvielbourg.

    Pour cette représentante de l'institut Louis XVII de Paris, l'humérus du prétendu dauphin, prélevé il y a près d'un demi-siècle, est resté trop longtemps à Rigswigck, dans le laboratoire de la police judiciaire néerlandaise. Afin qu'il soit avéré que l'os analysé appartient bien à Naundorff, elle demande une nouvelle exhumation. Requête que la mairie de Deft, à ce jour, refuse de satisfaire.

Journal "Le Monde" du 05/06/1998

C. V
 
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