Depuis plus de deux cent ans, les historiens s’affrontaient autour de « l’énigme Louis XVII ». Le verdict de l’ADN vient de tomber. Le petit roi ne s’est pas évadé de la prison du Temple. C’est bien lui qui est mort le 8 juin 1795
La vérité est simple : le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette
a succombé à une tuberculose généralisée.
Il n'y a jamais eu de substitution, ni d'enlèvement, ni d'évasion.
Louis XVII, hélas, n'a pas survécu à la Révolution!
» Pour l'historien Philippe Delorme, qui collabore à Point
de vue depuis de nombreuses années, la réalité de
la mort du Dauphin à la tour du Temple n'a jamais fait de doute.
Le malheureux enfant n'a que sept ans, en août 1792, lorsqu'il est
enfermé avec sa Famille dans le donjon médiéval qui
s'élevait, sinistre et sombre, à l'emplacement de l'actuelle
mairie du IIIe arrondissement de Paris. Au terme d'une lente descente aux
enfers, brisé physiquement et moralement, l'héritier du trône
s'éteint le 8 juin 1795, 20 prairial de l'an III de la République,
un peu avant trois heures de l'après-midi. Ainsi s'achève,
à dix ans, deux mois et quelques jours, l'existence aussi brève
que tragique de « Louis-Charles Capet, fils du dernier roi des Français
»...
Pourtant, au cours du XIX siècle, plus d'une centaine d'aventuriers vont prétendre être le dauphin évadé du Temple. Jusqu'à un métis iroquois, persuadé de son ascendance royale! Près de huit cents ouvrages et plus d'un millier d'articles ont traité de cette ténébreuse affaire. En fait, la majeure partie de cette production livresque se résume à un galimatias d'hypothèses hasardeuses, de mensonges ou d'affabulations. Néanmoins, si Louis XVII est bien mort en prison, encore fallait-il le prouver de manière irréfutable. Et c'est ici que la science a volé au secours de l'Histoire.
Le verdict de la science confirme celui de l'Histoire
Le 9 juin 1795, au cours de l'autopsie pratiquée sur le cadavre de l'enfant du Temple, l'un des médecins légistes, le docteur Philippe Jean Pelletan, en « soustrait » le cœur. Cette « relique » va connaître une incroyable odyssée. Plusieurs fois léguée, subtilisée, dissimulée, égarée, elle est finalement conservée, depuis 1975 dans la crypte de la basilique de Saint-Denis, la nécropole des rois de France. En comparant son ADN avec celui de Marie-Antoinette et des Habsbourg - la famille maternelle de Louis XVII - il serait peut-être possible de découvrir le fin mot sur le mystère du dauphin perdu.
Philippe Delorme se lance alors dans une enquête digne de Sherlock
Holmes! Il lui faut
d'abord
authentifier le parcours historique du « cœur de Pelletan »,
plonger dans les archives, collecter pièces officielles et témoignages,
avant d'obtenir les autorisations nécessaires à la réalisation
des tests génétiques. Car la relique est placée sous
la sauvegarde du Mémorial de France à Saint-Denys, une association
qui perpétue le souvenir des Bourbons. Heureusement, son président,
le duc de Bauffremont, s'enthousiasme aussitôt à l'idée
de dévoiler enfin le mystère Louis XVII. D'un commun accord,
le duc et l'historien décident de s'adresser au professeur Jean-Jacques
Cassiman, directeur du Centre de génétique humaine de l'université
catholique de Louvain, en Belgique. En effet, c'est ce scientifique qui,
en 1998, a « démasqué » Karl-Wilhelm Naundorff,
l'un des plus célèbres « faux dauphins ». Pour
ce faire, le professeur Cassiman avait analysé des cheveux de Marie-Antoinette
et des sueurs de la reine, ainsi que de descendants actuels des Habsbourg,
en ligne féminine: Anne de Roumanie et son frère, André
de Bourbon-Parme. En comparant la « signature ADN » isolée
dans ces divers échantillons avec celle d'un os de Naundorff, la
démonstration avait été faite qu'aucun lien familial
n'existait entre ce dernier et la lignée impériale et royale.
Ainsi, le professeur Cassiman disposait du code génétique de la mère de Louis XVII. II lui « suffirait » de le comparer avec l'ADN qu'il allait peut-être découvrir dans le cœur conservé à Saint-Denis. Si les deux « signatures » concordaient, le petit roi serait retrouvé, et l'énigme du Temple résolue pour toujours. Mais pourquoi choisir Marie-Antoinette et ses sueurs comme éléments de comparaison, et non Louis XVI? Tout simplement parce que l'ADN recherché dans ce type d'expérience est l'ADN mitochondrial - ou ADNmt -, répliqué en de nombreux exemplaires à l'intérieur de la cellule, et qui ne se transmet que de mère à enfant. C'est ce même procédé qui a été utilisé, il y a quelques années, pour identifier les restes des Romanov, enterrés près d'Ekaterinbourg.
Toutefois, restait-il la moindre trace d'ADN dans ce viscère momifié, longtemps conservé dans l'alcool, aujourd'hui desséché et dur comme de la pierre? Le 15 décembre 1999, le docteur Els Jehaes, l'assistante du professeur Cassiman, doit utiliser une scie chirurgicale pour prélever quelques fragments du coeur, sorti pendant quelques minutes de son urne de cristal! Les échantillons, enfermés dans deux gobelets stériles et scellés par huissier, prennent aussitôt le chemin de la Belgique et de l'Allemagne. Les analyses, en effet, seront pratiquées en double, par le professeur Cassiman à Louvain, et par l'Institut de Médecine légale de l'université de Münster.

II faudra encore trois mois d'attente - après deux siècles de patience! - pour que le cœur consente enfin à révéler son secret. Les scientifiques belge et allemand ont refait de nombreuses fois leurs expériences, ils ont échangé leurs résultats. Tout concorde. Plus aucun doute possible. Mercredi dernier, la presse du monde entier - et de nombreux passionnés de Louis XVII assistaient à la conférence de presse où les résultats ont été proclamés. Les admirables boiseries du musée d'Histoire de la Médecine de Paris, avec ses collections de redoutables instruments chirurgicaux des XVIIIe et XIXe siècles, convenaient parfaitement à une telle réunion! L'ombre du docteur Philippe-Jean Pelletan planait sur l'assemblée. Les professeurs Cassiman et Brinkmann sont arrivés à â la même conclusion, indiscutable : « Les résultats des analyses ADN du cœur au Centre de génétique humaine de Louvain et au laboratoire de Münster montrent que la séquence d'ADNmt du cœur et la séquence des parents maternels de Louis XVII sont identiques. Cette séquence n'a encore jamais été observée parmi des centaines d'individus testés. Ces résultats appuient très fortement la version officielle selon laquelle Louis XVII et non un substitué, est mort au Temple à Paris, le 8 juin 1795. »
Ainsi, le verdict de la science confirme celui de l'Histoire. Mais saura-t-il convaincre les irréductibles? Ils préféreront sans doute continuer d'espérer- contre toute espérance - le retour de leur monarque perdu.
Louis ONTRAFELD
Louis XVII-La vérité,
sa mort au Temple confirmée par la science par Philippe Delorme.
Pygmalion. 256 pp., 89 F. (En librairie le 2 mai)
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DE LA MAISON DE France
L'histoire vient d'être confirmée par la science, le jeune roi Louis XVII est mort au Temple! Ce qu'affirmaient la plupart des historiens
sérieux. Pourquoi faire ressurgir les haines et les rancunes du
passé ? Certes l'assassinat de l'enfant roi est hors du dicible..
Mais la faute, si l'on rentre davantage dans cette réflexion, incombe
à tous : les princes de Sang de France, les rois d'Espagne, les
empereurs d'Autriche, les aristocrates français et ceux du Saint-Empire
germanique qui ont fui leurs responsabilités pour se mettre à
l'abri. C'est remettre aussi gravement en question la fondation d'une république
sur la mort programmée de l'enfant royal.
HENRI, COMTE DE PARIS,
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1795, 9 JUIN : Le lendemain du décès de Louis XVII au Temple, le docteur Philippe-jean Pelletais, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu, assisté par les docteurs lassas, Dumangin et jeanroy, procède à l'autopsie dis corps. Profitant d'un moment d'inattention de ses collègues, Pelletan « soustrait » le cœur. De retour chez lui, il le place dans un vase de cristal rempli d'alcool. Huit ou dix ans plus tard, Pelletan range le cœur momifié dans un tiroir de son bureau. Vers 1810 : Un élève de Pelletan, Jean-Henri Tillos, dérobe la précieuse relique, dont le chirurgien a eu l'imprudence de lui parler. Cependant, Tillos succombe quelques années plus tard, victime de la tuberculose. Sur son lit de mort, il demande à sa veuve de rendre le cœur de Louis XVII à Pelletan. 1814-1828:
Tout au long de la Restauration, le chirurgien cherche à restituer
son « pieux larcin » aux Bourbons. En butte à des intrigues
de cour, le chirurgien ne parvient pas à entrer en contact avec
Louis XVIII. Néanmoins, la duchesse d'Angoulême, Marie-Thérèse,
sœur de Louis XVII, lui accorde une entrevue aux Tuileries. Le chirurgien
fournit des preuves écrites, des témoignages nombreux, mais
la précieuse relique demeure n'est pas acceptée.
1830, 29 juillet : Paris s'enflamme pendant les « Trois-Glorieuses ». Au cours du pillage de l'archevêché, un ouvrier imprimeur, Lescroart, s'empare du cœur pour le restituer au fils du docteur Pelletan, Philippe-Gabriel, lui-même médecin. Hélas, un émeutier lui dispute sa prise. L’urne de cristal qui renferme la relique se brise. Six jours plus tard, le fils Pelletan et Lescroart retrouvent par miracle les débris du vase et le cœur enfoui dans un tas de sable. 1895: Edouard Dumont, héritier du docteur Philippe-Gabriel Pelletan, décédé en 1879, remet le cœur de Louis XVII à don Carlos, duc de Madrid, double prétendant aux trônes de France et d'Espagne. La relique est placée dans la chapelle du château de Frohsdorf, près de Vienne. 1975: Les quatre petites-filles de don Carlos, les princesses Massimo, confient le cœur de Louis XVII au duc de Bauffremont, président du Mémorial de France à Saint-Denys. |
POINT DE VUE N° 2701 du 26/04/2000
au 02/05/2000