Retour à la page d'accueilL’énigme Louis XVII Naundorff L’imposture dévoilée
Aujourd'hui, les techniques scientifiques modernes ont permis de résoudre une fois pour toutes l'une des grandes énigmes de l'Histoire. L’ADN a parlé. Le prétendant Naundorff n'était pas Louis XVII...Je suis prêt à subir tous les examens nécessaires. Je souhaite même que l'on procède à une nouvelle exhumation de mon ancêtre. Il faut prouver définitivement qu'il était bien Louis XVII. A soixante-sept ans, Charles de Bourbon - c'est son vrai nom à l'état civil -, technicien retraité de chez Dassault, affirme haut et fort qu'il est l'héritier légitime du trône des Lys! Il n’a jamais été pourtant un habitué des salons et vit dans un modeste appartement de banlieue. Pour la poignée de " survivantistes" qui soutiennent sa cause, il n'y a pas l'ombre d'un doute : cet inconnu du Gotha est "Sa Majesté Très Chrétienne Charles XII, roi de France et de Navarre ". Ils en sont si intimement convaincus, que leur conviction en devient pathétique. D'autant que la science vient sans doute de briser à jamais leur croyance.
Depuis deux siècles, l'énigme de Louis XVII divise les historiens. Six cents ouvrages sur le sujet ont été écrits. Rappelons brièvement les faits. Le 8 juin 1795, un enfant tuberculeux s'éteint dans le donjon du Temple à Paris. Il est enterré deux jours plus tard "au cimetière Sainte-Marguerite, sous le nom de " Louis-Charles Capet "
Mais le jeune défunt est-il bien le Dauphin de France, celui que les royalistes considéraient comme Louis XVII? Pendant un demi-siècle, plus de cent " prétendants" vont affirmer qu'ils sont le jeune prince. Le plus célèbre, Carl-Wilhelm Naundorff horloger berlinois, fait son apparition à Paris en 1830. Sa force de conviction est telle que d'anciens serviteurs de Versailles n'hésitent pas à le reconnaître. Plus fort, il parvient à se faire délivrer un passeport hollandais sous le nom de Bourbon! Depuis lors, ces " Bourbon-Naundorff" ont constitué une sorte de "dynastie fantôme" qui conserve des adeptes.
Le professeur Hans Petrie veut dévoiler l'imposture. Le jour même du bicentenaire de la mort Officielle du Dauphin, cet historien néerlandais avait d'ores et déjà soutenu devant l'université de Groningue, une thèse de doctorat démontrant que Louis XVII est mort au Temple, et que tous les prétendants à la survivance sont des usurpateurs. Aujourd'hui, il s'est donné pour but de dissiper le mystère du Temple avec les armes de la science par le biais d'analyses génétiques irréfutables.
Avec l'autorisation des descendants canadiens de Naundorff, notre enquêteur obtient quelques-uns de ses cheveux, conservés dans deux enveloppes scellées aux archives municipales de Delft. C’est en effet dans cette ville des Pays-Bas que reposent les cendres de Naundorff. Une exhumation, pratiquée en 1950, avait permis de recueillir également des fragments d'humérus, conservés depuis au laboratoire de police technique de La Haye. En outre, Hans Pétrie acquiert quatre cheveux de deux sœurs de Marie-Antoinette : les archiduchesses Marie-Josèphe et Jeanne-Gabrielle, décédées adolescentes. Ces Reliques capillaires, enfermées dans des médaillons, faisaient partie d'un chapelet, propriété d'un couvent de Klagenfurt en Autriche, réunissant seize mèches des seize enfants de l'impératrice Marie-Thérèse, mère de la reine Marie-Antoinette, et donc grand-mère de Louis XVII.
Tous ces restes viennent d'être analysés par le professeur Jean-Jacques Cassiman, de l'université belge.de Louvain. Les résultats ont ensuite été corroborés par le professeur Pascal, chercheur au CHU de Nantes.
Au cours d’un colloque organisé à Paris sur le thème de Louis XVII, Hans Petrie laisse filtrer l'information capitale: " Les tests génétiques sont définitifs, aucun rapport entre Naundorff et les Habsbourg ! " Cependant, si ces analyses amènent à une certitude quasi absolue, la célèbre revue britannique " Nature Genetics ", qui doit publier le compte rendu de ces expériences, a exigé auparavant qu'une analyse de contrôle soit pratiquée sur un descendant en ligne exclusivement féminine de la grande impératrice.
En effet, les professeurs Cassiman et Pascal ont constaté que les cheveux des descendantes de Marie-Thérèse qui ont servi à leur expertise auraient pu être " contaminés" par de nombreuses manipulations. Même si la génétique souligne dès maintenant l'imposture de Naundorff, les " survivantistes " profitent de ces hésitations pour contre-attaquer
Ils n'admettront jamais qu'on leur ôte leurs belles illusions. L’affaire Louis XVII tient davantage pour eux de la foi que de la réalité historique... Naundorff écarté, il reste encore une énigme à résoudre : l'enfant mort au Temple en 1795 était-il bien Louis XVII ?
Pour cela, il suffirait tout simplement de prendre " l'empreinte génétique" du cœur de cet enfant prélevé lors de son autopsie, par le docteur Pelletan. Conservé dans la crypte de la nécropole royale de Saint-Denis, ce viscère momifié est sous la garde du Mémorial de France, présidé par le duc de Baufremont. Si l'on arrivait à démontrer scientifiquement qu'il s'agit bien là du cœur de Louis XVII, en comparant par exemple son ADN à celui des cheveux du petit Dauphin coupés à l’époque de Versailles ou des Tuileries, il n'y aurait plus de doute possible. Le mystère serait définitivement, résolu. Mais le rêve et la poésie y perdraient sûrement au change:
UN AUTRE MYTHE S’ECROULE
L’analyse génétique vient porter ses fruits dans une autre énigme historique, allemande celle-là. En 1828, un enfant sauvage est trouvé à Nuremberg.. Baptisé Gaspard Hauser, il sera assassiné cinq ans plus tard, sans que l’on découvre ses origine. Certains auteurs ont voulu voir en cet inconnu mystérieux le fils margrave de Bade et de Stéphanie de Beauharnais, fille adoptive de Napoléon 1er. Une recherche d’ADN, financée par le magazine " Der Spiegel " a permis de comparer la tache de sang qui macule le caleçon que le malheureux Gaspard portait au moment de son meurtre, avec le sang de deux descendantes des Bade. Résultat : pas la moindre similitude.
HARI SELDON
Article du Magazine "POINT DE VUE" N° 2525 du 11 Décembre 1996