Institut Louis XVII 1er trimestre 1999

DROIT DE RÉPONSE

A Monsieur Paul-Eric BLANRUE
pour son article sur Internet

    Maintenant, qu'Internet permet une bien plus large diffusion des idées, c'est sur son site du "Cercle Zététique" - bien connu pour son esprit rationaliste outré et athée - que Monsieur Paul Eric Blanrue vient de faire paraître un résumé de 32 pages de son livre. Bien entendu, nous avons eu connaissance en son temps du livre de ce Monsieur, un compilateur de plus des anti-naundorffistes.

    Nous en avons assez de laisser dire des contre-vérités et de laisser salir le pseudo-Naundorff. Le ton de sa thèse n'est pas spécifique à Monsieur Blanrue : il est curieux de constater que c'est un style presque toujours adopté par les anti-naundorffistes. N'ont-ils donc en fin de compte que l'injure comme argument ? Ils ne veulent voir dans les personnes qui ont soutenu ou soutiennent l'identité Naundorff-Louis XVII que des êtres "fous" ou "naïfs" ou "aventuriers ambitieux". Et pourtant que de dévouements éclairés, sincères et désintéressés depuis près de deux siècles !

    Un imposteur aurait pu difficilement "tenir" sa vie durant, mais sûrement pas après sa mort, et n'aurait pas eu des descendants reproduisant indiscutablement des traits des familles Bourbon et Habsbourg.

    Bizarre attitude pour de soi-disant historiens.

    C'est pourquoi, cette fois, nous allons répondre point par point aux allégations de Monsieur Blanrue, allégations qui ne résultent ni de ses recherches, ni d'un travail d'historien, mais de la compilation de celles de ses prédécesseurs, déjà maintes fois réfutées.

    En annexe, vous allez trouver un excellent article d'un de nos adhérents, qui répond à un autre anti-naundorffiste, le frère Hilaire de Crémier sur le même sujet. Cela démontrera déjà beaucoup de ces faussetés; nous nous bornerons donc à des détails précis mais si souvent invoqués par nos adversaires.

    Les Prénoms : LOUIS-CHARLES ou CHARLES-LOUIS ? Argument nul : Toute son enfance, le duc de Normandie, baptisé Louis Charles de France, a été appelé "Charles" puisqu'il avait un frère aîné prénommé "Louis-Joseph" qui est décédé le 4 juin 1789. Même après ce décès, on a continué à l'appeler Charles, bien qu'il fût devenu Louis, Dauphin de France. A la mort de Louis XVI, il est devenu "Louis XVII". Mais Madame Simon parlait toujours de "son petit Charles". Naundorff, pour ses prénoms, n'a pas été consulter les almanachs mais sa mémoire d'enfant qu'on appelait Charles. (M. Blanrue était-il derrière lui lorsqu'il a soi-disant consulté l'almanach de 1786 ? et justement ce seul almanach où se trouve l'inversion Charles Louis !). Un imposteur, justement, aurait consulté les registres pour ne pas commettre cette erreur.

    L'absence des papiers à Crossen : Madame Caroline Albouÿs n'a rien trouvé dans le petit meuble de Crossen où devaient se trouver des lettres, entre autres du duc de Berry. Monsieur Blanrue sait-il que Madame Albouÿs n'est pas revenue directement à Paris, mais s'est arrêtée en Suisse où elle a rencontré l'espion Fauche-Borel ? D'où la brouille avec la famille Albouÿs, car
le pseudo-Naundorff savait bien que les documents existaient (sinon, pourquoi l'aurait-il envoyé les chercher ?) et ne comprenait pas qu'elle ne les ait soi-disant pas trouvés.

    Le refus de la duchesse d'Angoulême de recevoir Naundorff : Ce n'est pas le vicomte Sosthène de Larochefoucauld qui suggère un entretien de la duchesse d'Angoulême avec Naundorff et que celui-ci refuse: c'est au contraire Naundorff qui sollicite cet entretien par l'entremise de Monsieur Morel de Saint Didier, qui, lui, rencontrera la Duchesse, mais ne réussira pas à la convaincre de voir Naundorff.

    L'attentat contre Naundorff : Ce même Sosthène de Larochefoucauld, que la duchesse d'Angoulême avait chargé de rencontrer Naundorff, de le surveiller et de lui faire un rapport de ses activités, dans une lettre du 28 janvier 1834 fait part à la Duchesse de l'attentat dont il a été victime dans les termes suivants :

 " ... Le 28 janvier, à huit heures du soir, l'infortuné prétendant a été assailli sur le Carrousel par des assassins; six coups de poignard lui ont été portés. Un d'eux l'a atteint dans la région du coeur; un autre a rencontré l'une des médailles qu'il porte à son chapelet; elle est à l'effigie de Jésus-Christ et c'est Notre-Seigneur que le poignard a frappé. Le coup a été si violent que la médaille d'argent, assez épaisse, en est restée pliée dans une cavité profonde. L’intrépide et malheureux personnage renversé s'est défendu avec un courage de Bourbon. Ses vêtements déchirés, ses forces devant s'épuiser par la perte de son sang, il eût infailliblement succombé sans un cabriolet dont l'heureuse arrivée mit en fuite les assassins. S'étant traîné jusqu'à son domicile, nouvelle victime de l'ambition de quelques hommes et de l'impudente cruauté de quelque raison d’Etat, ses amis lui prodiguèrent les premiers soins. Il s'agissait d'avoir un médecin dont la discrétion fut entière ; le temps s'écoulait et le danger pouvait être pressant. Enfin on obtient un chirurgien de confiance, qui, après avoir examiné la blessure, déclara qu'une demi-ligne de plus, la vie était éteinte. Procès-verbal a été dressé par l'homme de l'art pour servir en temps et lieu, lorsque le moment sera arrivé de rompre le silence.
Et dans ce triste sacrifice, Dieu a tout prévu; car d'après le rapport du chirurgien, il n'aura pas moyen de mettre sur le compte d'un suicide fictif et intéressé une blessure qui est de toute évidence le résultat d'un crime, d'un assassinat. Il a ajouté que les assassins étaient évidemment des hommes dont la main était exercée à frapper au coeur... "

Curieuse façon de faire dire au médecin l'inverse de ce que rapporte l'agent de la Duchesse d'Angoulême!

    Le procès Thomas : Dans le procès que Thomas, directeur de son journal "La justice" fait au Prince, c'est au contraire Naundorff qui contre attaque en l'accusant d'escroquerie car il a dilapidé l'argent qu'il lui avait remis.

    Les lettres de Laurent : Si, effectivement, la plaidoirie de Jules Favre s'appuie en partie sur les lettres de Laurent, ce ne sont pas ses seuls arguments, très loin s'en faut! A ce sujet, il y a une explication plausible: il n'est effectivement pas pensable qu'elles aient été écrites ainsi: elles pourraient être la traduction en clair - et assez longtemps après - de lettres chiffrées, ce qui expliquerait la datation non révolutionnaire, et l'absence des originaux. Mais là, nous sommes dans les hypothèses et nous ne retiendrons ni ces lettres, ni leur éventuel chiffre initial: il y a heureusement bien d'autres preuves.

    L'expulsion de Naundorff de France en 1836 : Le gouvernement de Louis Philippe ne trouva pour expulser Naundorff en 1836 qu'une vieille loi révolutionnaire, tombée en désuétude, pour expulser des "étrangers de passage qui troublent l'ordre public". Or Naundorff était en France depuis 3 ans, sans troubler l'ordre et, de toutes façons, cette loi n'autorisait ni la saisie de ses papiers, ni son internement (qui dura presque un mois). Ce n'est donc pas en tant qu'imposteur qu'il fût expulsé, le jugement qu'il demandait lui ayant été refusé.

    La crise mystique de Naundorff : La "Doctrine Céleste" écrite par Naundorff est une preuve de plus de son identité royale : jamais un imposteur n'aurait commis cette maladresse qui lui valut effectivement l'abandon de plusieurs de ses plus fidèles partisans, non pas sur son identité qu'ils ne reniaient pas, mais sur son attitude religieuse qu'ils ne pouvaient admettre.

    Et pourtant, cette attitude se comprend parfaitement si on se replace dans le contexte du temps, où les théories des sectes se répandaient largement et étaient d'autant plus attirantes pour Naundorff qu'il avait été cruellement déçu par l'attitude de l’Eglise Catholique à son égard. Expulsé de France et assuré qu'il n'obtiendrait plus rien de la justice de son pays, il n'est pas étonnant que son esprit, traumatisé par tant de souffrances subies depuis son enfance, se fut tourné vers le mysticisme, encouragé sans doute par son fidèle mais exalté Gruau de la Barre.

    Les inventions : En ce qui concerne les "petites inventions pyrotechniques" du Prince, il faut croire qu'elles n'étaient pas si "petites" que cela puisque l'Angleterre s'y est intéressée - les journaux rendant compte de ses démonstrations, et que les Pays-Bas l'ont nommé directeur de leurs Ateliers de Pyrotechnie à Delft, avec des appointements très élevés : 24.000 florins pour la première année, 20.000 florins pour la deuxième année, 16.000 florins pour la quatrième année etc. alors qu'un ministre néerlandais à ce moment gagnait 9.000 florins par an. De plus, le roi Guillaume Il lui-même signait un engagement à "Charles-Louis" (en ne l'appelant que par son prénom le Roi le considérait comme son égal) de 1.000.000 de florins s'il réalisait toutes ses inventions !

    Le musée de l'armée des Pays-Bas montre encore des exemplaires de la "bombe Bourbon" qui resta en service effectif dans son armée jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Nous reprenons Monsieur Blanrue en flagrant délit de faux :
Les marques physiques : Au sujet de l'examen du corps de Louis XVII à Delft, il parle d'autopsie, alors que sa veuve l'avait refusée et que ce ne fut donc qu'un simple examen, réalisé deux jours après le décès. Il parle de vaccin ' alors que l'enfant Louis XVII fut "inoculé", le vaccin n'existant pas encore à ce moment là. Il parle de piqûres et incisions, alors que pas plus Madame de Rambaud que le procès-verbal de l'examen du corps de Naundorff n'emploient ces mots. Madame de Rambaud dit que le prince " fut inoculé pendant son sommeil entre dix et onze heures du soir, pour prévenir une irritation qui aurait pu donner à l'enfant des convulsions, ce qu'on craignait toujours. Témoin de cette inoculation, j'affirme aujourd'hui que ce sont les mêmes marques que j'ai retrouvées, auxquelles on donna la forme d'un triangle". (Plus bas Monsieur Blanrue dit que Madame de Rambaud a fait un faux témoignage - en 1837 alors que le Prince est mort en 1845 - sans doute aurait-elle dû avoir la "vision " du procès-verbal fait après la mort de ce Prince pour s’y conformer, alors qu'elle avait eu sous les yeux les deux bras de Naundorff portant ces cicatrices!)

    Ce procès-verbal de Delft relève : " au bras gauche de dessus à la troisième partie inférieure du milieu supérieur: trois cicatrices d'inoculation à la forme d'un triangle dont la base est tournée vers le bas".

    Monsieur Blanrue dit qu'il ne faisait que 14° lors de cet examen, bien qu'au mois d'août: c'est possible, mais ce qui est certain, c'est que les médecins précisent qu'ils ne pouvaient pas situer exactement certaines traces car ils ne pouvaient plus compter les côtes à cause du développement des gaz.

    Que le "troisième téton" n'ait pas été relevé, ni l'excroissance de l'oreille droite, ni les cicatrices d'inoculation au bras droit, ne prouvent pas qu'ils n'existaient pas. En effet, les cicatrices peuvent s'effacer avec le temps (près de 60 ans !), plus à un endroit qu'à un autre. Le lobe de l'oreille n'était peut-être pas significatif pour eux, pas plus que cette excroissance. En tous cas, sur le portrait de Naundorff sur son lit de mort, ce lobe particulièrement grand est très visible.

    Et Madame de Rambaud, qui avait la consigne de ne pas divulguer justement ces marques de reconnaissances que Louis XVII gardait pour son procès, parle de "toutes les marques particulières dont il est porteur", "... j’y ai reconnu plusieurs signes alors très peu saillants et un particulièrement au sein droit", de même " qu'un cou court et ridé qu'elle reconnaîtrait entre mille". qui, lui non plus n'a pas été relevé lors de cet examen, car ce n'est pas une chose qui semble significative à des médecins chargés de relever des anomalies.

    Les récits de Naundorff : Monsieur Blanrue déclare que les naundorffistes n'osent pas rééditer les mémoires de Naundorff : elles ont été intégralement reproduites (celles de Crossen, dites de Brandebourg, ces dernières ayant disparu des minutes de son procès) dans "La Légitimité" de 1895, et ce même texte a été édité dans un numéro spécial par la revue "Le Lys de France" en 1991 (épuisé). Il a beau jeu de disséquer ces mémoires et de montrer leurs différences d'une édition à l'autre : ce sont deux individus différents qui les ont mises en formes et qui y ont rajouté ce qu'ils croyaient savoir: en fait, le Prince a certainement eu des traumatismes psychiques tels qu'il a dû avoir des amnésies partielles, (n'oublions pas que l'enfant n'avait que 9 ou 10 ans au moment de sa sortie du Temple) que ses détenteurs ne lui disaient ni qui ils étaient, ni où il se trouvait, et que, de plus, Naundorff réservait certains faits qu'il avait pu constater et les preuves qu'il en avait pour son procès.

    Il prétend que Naundorff s'est forgé sa personnalité de Louis XVII au fil des années, et, avec une progression savante et digne d'un roman policier, nous le montre édifiant son personnage. Il passe par contre complètement sous silence le fait que dès 1810 à Berlin, Louis XVII a donné des preuves de son identité à Lecoq, qui après référence à son chef, le prince et chancelier d'état Hardenberg, lui assura la "protection" lui permettant de vivre et travailler sous le nom imposé de Naundorff, contre la promesse de ne pas dévoiler son identité réelle et de se tenir tranquille.

    Dès cette époque il est connu de Nicolas Hippolyte Poulain, comte du Fays et reconnu par le marquis de la Roche-Aymon en 1812.

    De même, Monsieur Blanrue, avec le même ton persifleur et goguenard rapporte le récit de l'évasion : or, c'est grâce à ce récit qu'en étudiant de près un plan du Temple de cette époque, on s'est aperçu qu'effectivement, le troisième étage du donjon communiquait avec le 4ème étage de la petite tour qui le jouxte, et que la pièce de ce quatrième étage de la petite tour était bien un débarras dans lequel on n'entrait jamais, idéal pour cacher l'enfant quelques semaines. En ce qui concerne le convoi mortuaire de l'enfant, Naundorff n'a pu en savoir que ce que l'on a bien voulu lui dire, puisqu'il était endormi !

    L'évasion : On ne connaîtra sans doute jamais le véritable instigateur de cette sortie de l'enfant, ni sa date : mais une chose est certaine, c'est qu'elle a eu lieu puisque l'enfant enterré dans le cimetière Sainte Marguerite ne peut pas être Louis XVII, qui, lui, a survécu sous le nom de Naundorff. Même la ville de Paris reconnaît, dans la plaque apposée en 1993 sur le mur de l'église Ste Marguerite, que celui qui est enterré dans ce cimetière désaffecté est "l'enfant mort au Temple", sans lui donner d'identité.

    L'expertise Locard : L'expertise des cheveux de Louis XVII et du pseudo-Naundorff par le professeur Locard a fait la fortune des journalistes Castelot et Decaux en 1947. Mais, ce qui est certain c'est que, en dehors de ces analyses, leurs livres sont très bien construits et démontrent à l'évidence l'identité de Naundorff avec Louis XVII. Certes, la contre-expertise -faussée par l'échange par le commissionnaire des cheveux de l'exhumation de Delft - leur a été bien plus un prétexte qu'une preuve (cet examen n'est pas significatif en lui-même) pour se désavouer. Ils ont certainement eu d'autres motivations à leur retournement.

    Le "coeur" de Pelletan : Le "coeur prélevé par Pelletan" lors de l'autopsie de l'enfant au Temple - ou du moins réputé tel car il a eu un périple compliqué - a bien été remis par la famille des Bourbon d'Espagne dans laquelle il avait abouti, au Mémorial de St Denis et repose dans la basilique dans une urne avec l'indication "Coeur présumé de l'enfant mort au Temple sous le nom supposé de Louis-Charles Capet".

    Le livre de Monsieur de Roche : La vie privée et la personnalité d'un auteur sont indépendantes de son oeuvre. Monsieur Xavier de Roche a eu le mérite de rassembler tous les éléments concernant l'affaire Louis XVII et sa personnalité n'affecte en aucune façon l'authenticité des documents qu'il reproduit - qui ne sont pas de lui. Son livre est effectivement pour nous un dictionnaire, grâce à son index.

    Le procès de 1954 : Le bâtonnier Malzieu a dit que l'acte de décès de Delft était frappé de plein droit de "nullité d'ordre public", car il constate la mort d'un individu dont le décès a déjà été constaté par l'état civil le 12 juin 1795. Il ne peut y avoir deux actes de décès pour le même individu, l'un des deux est effectivement nul et c'est justement ce dernier fait au nom d'un enfant dont la mort a été constatée par des individus qui ne connaissaient pas Louis XVII avant son internement et dans des conditions ne permettant guère une "reconnaissance" : ils ont défilé devant un cadavre que l'on venait d'autopsier, et dont le crâne scié avait été reconstitué tant bien que mal par un bandage entourant la tête ! Les médecins qui ont fait cette autopsie ne le connaissaient pas davantage (sauf le docteur Jeanroy qui témoignera dans un testament à ouvrir cent ans après sa mort que cet enfant n'était pas Louis XVII). Leur rôle n'était d'ailleurs pas d'établir une identité mais de constater la cause du décès, la rédaction de leur procès-verbal le faisant bien ressortir : "l'enfant qu'on nous a dit être..."

    Le nom "de BOURBON : Pour le nom de BOURBON accordé à Adelberth, 4ème fils de Louis XVII, en vue de sa naturalisation, ce n'est pas au seul vue de son acte de notoriété, fait aux Pays-Bas, mais à celui de son acte de naissance en Angleterre, que le Tribunal de Bois-le-Duc a pris sa décision, un député ayant même fait remarquer que de le reconnaitre Français, né en Angleterre impliquait automatiquement son ascendance royale.

    L'attitude de l'avocat van BUREN : Que la tombe de Louis XVII ait été achetée par l'avocat van Buren est, au contraire de ce que veut démontrer Monsieur Blanrue, une preuve positive de plus: car cet avocat néerlandais a fait les avances de fonds à Naundorff pour pouvoir exécuter ses démonstrations pyrotechniques en étant cautionné par le gouvernement des Pays-Bas. Maître Van Buren n'était pas un "illuminé naundorffiste", mais un juriste averti qui connaissait la véritable identité de son client par des sources officielles indiscutables, ce dont il a témoigné par écrit.

    L'acte de décès de Delft : Delft n'est qu'à 12 km de La Haye, et, à cheval, une heure suffit largement. Le bourgmestre Monsieur van Berkel se rendit au ministère de la Justice et revient muni de l'autorisation nécessaire pour rédiger l'acte de décès selon la déclaration de la famille.

    Le "naevus maternus" : Mais venons-en à la marque, qui, à elle seule, établirait l'identification d'un corps, et qui gêne si fort Monsieur Blanrue qu'il trouve plus simple d'en nier la possession par l'enfant royal. On se demande pourquoi, alors, si ce naevus maternus n'avait pas existé, les faux dauphins qui se sont manifestés dès 1801, se sont cru obligés de se faire faire un signe sur la cuisse : Mathurin Bruneau prétend que c'est le pape Pie VI qui lui a fait ce signe du St Esprit sur sa cuisse gauche en 1801 (Pie VI était déjà mort à cette date!) et Hervagault s'est fait tatouer une fleur de lys - sur la cuisse droite! - qu'il exhibait en 1801. C'est bien que "la rumeur publique" connaissait cette particularité, bien avant que Naundorff, qui lui, la possédait, ne se manifeste en 1833 en France. Si Madame de Tourzel n'en fait pas mention, c'est qu'elle était gouvernante des enfants de France, et, à ce titre, n'assistait jamais à leur toilette. Quant à Madame de Rambaud, Naundorff lui avait demandé le silence car il réservait cette preuve pour son procès, mais elle y fait clairement allusion plusieurs fois.

    Les témoignages : Justement, au sujet de Madame de Rambaud ("Femme de Chambre" et non "Berceuse" de l'enfant royal) que Monsieur Blanrue veut faire passer pour une "aventurière ambitieuse" (tout ce qu'elle a gagné à défendre la cause de Naundorff, ce sont persécutions, perquisitions et tracasseries de toutes sortes), là encore, il est pris en flagrant délit de mensonge: l'enfant Louis XVII (pas plus que son frère aîné) n'ont jamais été habillé en fille jusqu'à l'âge de 7 ans: qu'il nous montre un seul portrait de Louis-Charles en robe! Nous n'en connaissons qu'un, Marie-Antoinette entourée de sa fille, son fils Louis, environ 6 ans, en culotte, et Louis-Charles sur ses genoux, bébé, avec, effectivement une robe. D'ailleurs, lors du voyage à Varennes, on a déguisé le Dauphin en fille, donc il ne portait pas de robe à cette époque (il avait 6 ans).

    Autre mensonge : dans le texte de Monsieur Geoffroy rapportant la première entrevue de Madame de Rambaud avec Naundorff il n'est pas mentionné l'âge auquel il avait porté le petit costume qu'elle lui annonçait volontairement avoir été mis aux Tuileries. Naundorff la rectifia en disant que c'était à Versailles qu'il l'avait porté et qu'il ne l'avait jamais remis car il le gênait. Monsieur Blanrue, que cela arrange évidemment, écrit "5 ou 6 ans", car, à cet âge du Dauphin, effectivement, toute la famille royale était aux Tuileries.

    A peine utile de souligner qu'en disant à Monsieur Geoffroy "qu'il lui avait amené une mère", c'est évidemment de Madame de Rambaud que Naundorff parlait et non du portrait de la Reine. (En bon français, il aurait dit apporté et non amené).

    La façon dont Monsieur Blanrue élimine les quatre principaux personnages qui ont "reconnu" Louis XVII en Naundorff est expéditive et péremptoire, pour ne pas dire injurieuse et diffamatoire, mais ne peut en aucun cas être valable.

    Les Marco de St Hilaire ne sont pas des dupes: ils ont pris des précautions et ils ont d'abord voulu l'avis de Madame de Rambaud. Le fait qu'ils croyaient à la survie de Louis XVII n'entache pas leur bonne foi.

    Pour Monsieur de Joly, incrédule, il a fallu la précision de petits détails de l'enfermement de la famille royale dans la loge du logographe de l'Assemblée pour qu'il forme sa conviction. Il l'a attestée dans des lettres, mais le testament où il l'a affirmé, devant quatre témoins heureusement, a disparu du tiroir de son secrétaire le lendemain même de son décès.

    Monsieur Brémond s'y réfère pourtant. Et le témoignage de Monsieur Brémond, fait devant le Tribunal de Vevey, n'est pas une fantaisie (nous en tenons le texte authentique à votre disposition). Il doit seulement, à la demande du pseudo-Naundorff, ne pas donner certains détails, gardés pour son procès.

    La cachette des Tuileries faite par Louis XVI ne pouvait pas être retrouvée, puisque, dès 1792, Brémond en avait retiré la cassette qu'il conserva pieusement et remit en toute connaissance de cause à Naundorff en 1836. Brémond s'était informé auprès de Monsieur Albouÿs de la présence du naevus maternus - dont il connaissait l'existence chez l'enfant - sur la cuisse de Naundorff et l'avait ensuite reçu à Samsale en Suisse où il demeurait et avait pu compléter son identification. Le preuve que cette cassette de Louis XVI existait bien et qu'elle fut remise à Louis XVII est le changement radical de sa vie et de celle de sa famille, qui, enfin peuvent vivre non seulement normalement, mais avec aisance. Trouver comme argument que Brémond était fou est tout de même un peu léger.

    Naundorff n'a pas été condamné pour faux monnayage: mais à une peine extraordinaire pour avoir menti sur ses origines et celui qui l'avait accusé s'est pendu après le verdict.

    L'identification avec Karl Werg : Ne parlons pas des laborieux généalogie et curriculum vitae reconstitués de Karl Werg pour aboutir à l'identifier à Naundorff. L'âge: Werg aurait eu 68 ans en 1845 alors que Louis XVII en avait 60, la taille: minimum 176 cm que Werg devait avoir comme grenadier, alors que le squelette de Louis XVII à Delft mesure 168 cm, prouvent sans aller plus loin que c'est une impossibilité. Il y a longtemps que cette légende a été abandonnée même par les anti-naundorffistes.

    Et c'est bien cela qui les dérange : il n'a jamais été possible de trouver à Naundorff une autre identité que celle à laquelle il prétend.

    L'ADN : Quant aux examens ADN, bien que les examens scientifiques divergent pour plusieurs résultats entre le laboratoire de Nantes et celui de Louvain, en Belgique, c'est l'authenticité des deux fragments d'os réputés provenir de l'exhumation de 1950 de Louis XVII à Delft que nous contestons. Ils sont restés 46 ans dans un bocal non scellé et ont souvent été montrés comme curiosités par les médecins de l'hôpital où ils étaient conservés (que de manipulations !), aux dires de ce Monsieur Pétrie, farouche anti-naundorffiste qui les y a retrouvés ! Les laboratoires eux-mêmes manifestent leur doute à ce sujet ! Donc, rien n'est prouvé.

    En conclusion, nous ne pouvons que constater la mauvaise foi de nos contradicteurs, seule solution leur restant, car ils ne sont jamais parvenus à démontrer honnêtement que Naundorff n'était pas Louis XVII, puisqu'ils éliminent systématiquement justement tout ce qui concoure à cette identité.

Institut LOUIS XVII







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