L'ADN n'est pas un «juge de paix! » Olivier Pascal, du Laboratoire de génétique moléculaire du CHU de Nantes`, dénonce les exagérations de la presse à sensations.
«ADN n'est
qu'un élément de l'enquête, un morceau du puzzle.
» Spécialiste des empreintes génétiques, Olivier
Pascal a notamment travaillé sur l'affaire Augusti où une
analyse ADN sur un timbre a aidé l'arrestation du criminel. «
Attention, prévient-il, aux interprétations abusives.»
Évoquant l'affaire
Louis XVII, il s'irrite des conclusions parues dans la presse. «Ce
que l'on sait, dit-il, c'est que Louis XVII est mort. Et qu'un enfant est
décédé au Temple en 1795. Nous n'avons aucune certitude
sur l'origine du cœur. » Ce que les analyses ont permis de savoir:
« Le code génétique de l'ADN mitochondrial des descendants
de Marie-Antoinette est identique au code génétique de l'ADN
mitochondrial d'un cœur conservé à la basilique Saint-Denis.
De ces éléments objectifs sont, déduits à la
vitesse d'un e-mail que l'enfant mort au Temple est Louis XVII »,
écrivait-il récemment. Et de poursuivre,: « Tout d'abord,
un code mitochondrial est identique pour tous les individus d'une même
lignée maternelle (tous les frères et sœurs ont le même).
Souvent il n'est pas unique. Par curiosité, j'ai recherché
la fréquence du profil. Génétique de Marie-Antoinette
dans la banque de données que nous utilisons pour les affaires pénales.
J'ai retrouvé son code deux fois parmi 1961 individus caucasiens
(de race blanche). »
Autre source d'exaspération, 1a frilosité des autorités français sur les fichier d'empreintes génétiques.
«Dans l'affaire Guy George, nous a-t-il confié, avec un fichier d'empreintes génétiques, deux jeunes filles n'auraient pas été tues.» Un loupé policier ? La réponse fuse: « C'est un loupé de nos hommes politiques. Actuellement, la réglementation a été mise en place a minima, c'est-à-dire uniquement pour les crimes sexuels et pour les délinquants condamnés à des longues peines. Ce fichier serait aussi utile dans les affaires de terrorisme ou de braquage... Ce sont généralement les mêmes auteurs. Là, on pourrait faire des recoupements intéressants.»
Faut-il avoir peur d'un fichier d'empreintes génétiques ?
« Ne rentrent dans les fichiers que des régions de l'ADN non codantes. Ces éléments ne donnent aucune in,formation sur l'état de santé actuel ou futur de l'individu permettant un diagnostic prémonitoire (prédiction du cancer du sein, du côlon ....). »
Y aura-t-il, un jour, des recherches criminelles par analyses d'air ?
« Pas avec l'ADN car qui dit ADN dit cellules, et elles ont tendance à tomber sur le sol. Mais j'ai entendu parler de recherches sur des molécules. On pourra. certainement identifier dans l'avenir des individus à partir d'éléments -chimiques provenant, par exemple, d'odeur corporelles. » (lire p. 15 « le Nez électronique ».)
* Olivier Pascal psi également expert près la Cour de cassation.
ADN mitochondrial : quand et pourquoi ?
L'ADN mitochondrial est étudié lorsque l'ADN nucléaire est en quantité insuffisante, ou quand sa qualité laisse à désirer. C'est le cas pour des prélèvements de cheveux, d'excréments, d'os (dans le cas de cadavres putréfiés). Ce pourrait être aussi le cas pour le timbre dans l'affaire Grégory les mitochondries sont en fait. les usines à énergie de la cellule, et chacun de ces petits organites contient deux à dix copies d'ADN. Au total, l'ADN mitochondrial représente 1'% de l'ADN total. Contrairement, à l'ADN du noyau qui est disposé en brins pelotonnés, celui de la mitochondrie se présente sous forme circulaire. Une propriété lui conférant une plus grande résistance aux intempéries et à l'épreuve du temps. C'est d'ailleurs ce qui explique son rôle clé en archéogénétique. L'ADN mitochondrial présente des inconvénients majeurs. Parce qu'il ne se transmet que par la mère. Et parce que son polymorphisme est moindre que celui de l'ADN nucléaire. Actuellement, dans le monde, seulement 5000 profils d'ADN mitochondrial sont répertoriés.