L'enfant mort au
Temple eu 1795 était bien Louis XVII.
Les analyses de
l'ADN de sou cœur semblent mettre
un terme à
l'une des plus grandes énigmes
de l'Histoire de
France. Cependant, plusieurs questions demeurent.
Philippe Conrad
C’était depuis deux siècles l'un des plus grand mystères de l'Histoire de France. L'un de ceux, en tout cas, qui auront le plus fait couler d'encre : on ne compte plus les livres, les revues, les articles qui lui ont été consacrés. L'énigme, depuis le 19 avril, n'en est plus une. Car la science a rendu son verdict : « Les résultats de l'analyse de l'ADN mitochondrial du cour putatif de Louis XVII indiquent que la séquence de l'ADN du cour et la séquence des parents maternels de Louis XVII sont identiques. Cette séquence n'a pas encore été observée dans des centaines d'échantillons. Ces résultats soutiennent très fortement la version officielle selon laquelle Louis XVII, et non pas un enfant qui l'aurait remplacé, est bien mort au Temple, à Paris, le 8 juin 1795.
La réponse à tous ceux qui ont mis en doute depuis deux siècles l'identité du jeune prisonnier mort le 8 juin 1795 derrière les murs du donjon du Temple se veut ainsi définitive. Et de fait, l'analyse de l'ADN ne semble plus laisser place à aucun doute. Reste que, pour le grand bonheur des historiens, un certain nombre de questions demeurent irrésolues.
L'histoire de Louis XVII est celle d'un enfant qui n'aurait jamais dû être roi. Né à Versailles le 27 mars 1785, Louis-Charles, duc de Normandie était en effet le cadet des enfants de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Le dauphin était alors son frère, Louis-joseph, de quatre ans son aimé. Sa sœur, Marie-Thérèse -Charlotte, était née, quant à elle, le 19 décembre 1778. Il ne devint à son tour dauphin qu'à la mort de Louis-Joseph, le 4 juin 1789. Enfant vif, intelligent, espiègle, surnommé « Chou d'amour » par sa mère, nul ne pouvait se douter, alors, qu'il allait être la victime la plus innocente, la plus pure, de l'implacable logique révolutionnaire.
Après les traumatismes successifs subis lors des journées des 5 et 6 octobre 1789, à l'issue desquelles la famille royale fut ramenée, sous l'escorte des poissardes et des tricoteuses, de Versailles aux Tuileries, du retour, sous les menaces et les injures d'une foule tout aussi hostile, de Varennes à Paris, les 24 et 25 juin 1791, de la journée du 20 juin 1792, qui vit le palais des Tuileries envahi par une populace ivre, et, enfin, de la prise de ce même palais, le 10 août suivant, l'histoire du Dauphin ne devait plus être qu'un long martyre, qui apporte un éclairage saisissant sur la véritable nature des événements qui secouèrent alors la France.
Première étape: l'arrivée, dans la soirée du 13 août, dans le sinistre donjon du Temple, transformé en prison pour la famille royale sur l'ordre de la Commune insurrectionnelle de Paris. Le roi et le Dauphin sont logés au deuxième étage, la reine, Madame Elisabeth, soeur du roi, et Marie-Thérèse-Charlotte - Madame Royale - au troisième. Deuxième étape : la séparation d'avec son père, le jour de l'ouverture du procès du Roi, le 11 décembre 1792. Troisième étape : l'exécution de ce père, le 21 janvier 1793, puis la séparation d'avec sa mère, le 3 juillet suivant.
Le pire était toutefois encore à venir. Confié par le procureur-syndic de la Commune, Chaumette, au cordonnier Antoine Simon (lui-même membre de la Commune et à sa femme, l'enfant (il a alors huit ans), sans être physiquement maltraité, sera corrompu. Dressé à boire, à jurer et à jouer le singe « patriote », il devint l'attraction des « sans-culottes », venus prendre du bon temps au spectacle offert par le « fils Capet ».
Il resta six mois chez les Simon, jusqu'au 5 janvier 1794, date à laquelle le jeune prisonnier leur fut retiré. Entre temps, le 16 octobre 1793, sa mère, la reine Marie-Antoinette, avait été à son tour guillotinée. Le 30 janvier 1794, l'ancienne chambre de Louis XVI, au deuxième étage de la grosse tour du Temple, fut totalement isolée pour accueillir le petit Louis XVII. A partir de cette date, Madame Elisabeth et Madame Royale, qui logeaient à l'étage du dessus, ne devaient plus entendre aucun bruit. Le mystère de l'« enfant du Temple » commençait.
De petite taille pour son âge, le garçon laissé par les Simon, le 5 janvier 1794, paraissait néanmoins en bonne santé. Six mois plus tard, lorsqu'au lendemain du 9 Thermidor, le 28 juillet 1794, Barras vint visiter le jeune reclus, il trouva un malade. Placé, à partir de cette date, successivement sous la garde de Laurent, Gomin, puis Lasne, l'entant vit, dès lors, son état de santé se dégrader lentement mais inexorablement. Le 6 mai 179-, le Directoire fit appel, pour le soigner, au docteur Pierre-joseph Desault, professeur du célèbre Bichat, mais celui-ci mourut le 1er juin suivant. Le 6, le docteur Philippe-jean Pelletan succédait à Desault. Le 9, ce dernier, accompagné de jean-Baptiste-Eugène Demangin, médecin-chef de l'hospice de l'Unité, ainsi que de Nicolas Jeanroy, professeur aux Ecoles de médecine de Paris, et du médecin-légiste Pierre Lassus, dressait le procès-verbal du décès de l'enfant, survenu, selon les gardiens du Temple, 1a veille « vers trois heures de relevé ».
Ce procès-verbal attribue la cause de .la mort: a « un vice scrofuleux » existant depuis longtemps:on dirait aujourd’hui : la tuberculose. Le 10 juin, le corps de l'enfant était inhumé au cimetière voisin de Sainte-Marguerite.
Aussitôt 1a nouvelle arrivée a Vérone, Louis XVIII entreprit de se faire reconnaître par les cours européennes. Seule la Russie lui répondra favorablement, Les autres gouvernements estimeront. à l'instar de l'Autriche, qu'il est plus prudent d'attendre.
Et de rait, un premier « faux dauphin » se manifeste dès septembre 1796. Il s'appelle Jean-Marie Hervagault. Bâtard d'un prince de Monaco, recueilli par un tailleur de Saint-Lô, il finira par être emprisonné et mourra à Bicêtre en 1812, sans avoir suscité plus qu une vague curiosité. En 181 , Louis XVIII s'installe aux Tuileries sans être contesté.
L'année suivante, apparaît cependant un nouveau prétendant: Mathurin Bruneau, un fruste savetier angevin qui se tait appeler Charles de Navarre. Aussitôt arrêté, il finira ses jours à la prison du Mont-Saint-Michel en 1822.
Claude Perrin se découvre quant à lui en 1820 dans la principauté de Modène. I1 prétend avoir servi dans l'armée de Condé et avoir participé à la campagne d'Egypte.
Emprisonné à Milan, libéré en 1825, il adressera une proclamation à la chambre des pairs en 1828. Condamné en 1834, évadé l'année suivante, amnistié en 1840, il mourra sans descendance en 183. Il ne s'était même pas donné la peine d'avoir les yeux bleus.
Mais le plus célèbre des « faux dauphins » , est sans conteste Karl-Wilhelm Naundorff. Cet horloger prussien, qui ne parle pas le français, vient à Paris en 1833 et parvient a s’y faire reconnaître comme étant le dauphin par l'ancienne femme de chambre de Louis XVII.
Expulsé en Angleterre, puis aux Pays-Bas, il mourra à Delft en 1845. Sur sa tombe le gouvernement hollandais qui reprochait à Louis-Philippe d'avoir poussé la Belgique a 1a sécession de 1830 fit graver . « Ci-gît Louis de Bourbon, Duc de Normandie ».
Seul de ces quatre « candidats au trône » Naundorff était, de fait, parvenu a convaincre un véritable cercle de fidèles. Seul, il aura des descendants qui revendiqueront le trône de France. Nombre des souvenirs qu il mettait en avant étaient cependant tirés d’un roman paru sous 1e Consulat ,(le Cimetière de la Madeleine, de Regnault Warin), qui mettait en scène l'évasion de Louis XVII. D'autres avaient pu lui être suggérés par les confidences de son entourage. Mais la vérité est qu'il a surtout profité du sentiment d'attente qui existait, sous 1a Restauration, dans l'inconscient collectif d'un peuple traumatisé par la crise révolutionnaire et l'aventure napoléonienne, a l'égard du jeune « roi perdu » , emporté dans la tourmente.
Les incohérences de l'histoire officielle.
Trois thèses s'affrontaient depuis à propos de Parfaire du Temple
L'histoire « officielle » faisait mourir le jeune Louis XVII victime de l'isolement et des mauvais traitements que lui avaient infligés ses bourreaux, le 8 juin 1795.
De multiples questions demeuraient pourtant sans réponse : l'emmurement
inexplicable de enfant après le départ des Simon, en janvier
1 794 ; son maintien en prison au lendemain du 9 Thermidor, en dépit
des instructions contraires qu'avait données Barras; l'interdiction
de communiquer avec sa sœur. enfermée à l'étage supérieur
,elle ne pourra même pas voir son corps après sa mort: ; la
mise a l'écart de la majeure partie du personnel de la prison après
Thermidor; les déclarations ambiguës de certains des protagonistes
(Barras dit ainsi en 1803 à la marquise de Broglio-Salari que Louis
XVII n'était pas mort et que Napoléon le savait); enfin l'indifférence
de la famille royale au souvenir de l'enfant-roi lors de la Restauration.
Alors que l'on rendait le culte que l’on sait aux souverains martyrs et
a Madame Elisabeth, la sœur de Louis XVI on ne constate rien d'analogue
en mémoire du petit Louis XVII. Il est curieusement absent de la
Chapelle Expiatoire Sa sœur, Madame Royale duchesse d'Angoulême ne
croyait manifestement pas a sa mort au Temple
Pour tous ceux qui se sont penchés sur l’affaire deux solutions
pouvaient rendre compte de ce mystère
Louis XVII avait d'abord pu mourir
avant juin 1795 et sa disparition avant été tenue secrète
pour des raisons de haute politique (il constituait un précieux
otage et un argument diplomatique quand il s’agirait de négocier
avec certains adversaires de la France conventionnelle (notamment l'Espagne),
on lui avait substitué un autre enfant (ce qui expliquerait l'isolement
prolongé qui fur fut infligé), lui-même mort en 1795.
Des chercheurs aussi rigoureux que Louis Hastier ou Edmond Duplant ont développé cette hypothèse et ont avancé pour cela des arguments très solides (l’interruption brutale des notes des lingères, par exemple)., qui les conduisaient à penser que le jeune prisonnier royal était mort à la fin de 1793 ou au tout début de 1794, ce qui expliquerait le déménagement surprenant des Simon et le monstrueux enfermement auquel l'enfant fut alors condamné.
La troisième thèse était celle de l'évasion. Au fil du temps, ses partisans ont rassemblé de très nombreuses données susceptibles de conforter l'hypothèse d'un enlèvement et d'une mise à l'abri du jeune prisonnier. Hébert et Chaumette, soucieux de disposer d'un précieux otage, Robespierre lui-même, si l'on en croit Gosselin Lenôtre, tout comme Barras, pouvaient avoir intérêt à épargner le « louveteau » dans la perspective des événements ultérieurs. A l'appui de cette thèse, on citait notamment le témoignage de Botot, le secrétaire de Barras, qui avait déclaré vers 1835 à l'historien Dulaure : « La substitution fut exécutée par des hommes dans le secret républicain Il n'est pas mort et doit vivre encore. Il a été notre sauvegarde à tous .Louis XVII le .savait bien. »
Il est aussi de fait que les discours du « prophète » Martin de Gallardon troublèrent les frères de Louis XVI. Ce paysan beauceron qui se disait visité par l'archange Raphaël fut reçu aux Tuileries par Louis XVIII, le 2 avril 1816, et lut dit qu'il régnait à la place de son neveu. En 1530. c'est lui que lit consulter Charles X pour savoir s'il devait résister a la Révolution. Le –« prophète » fit savoir que la main de Dieu repoussait dorénavant les Bourbons.
La preuve par l'ADN vient aujourd'hui mettre a bas les spéculations.
Tout a commencé en 1993 a un moment où le recours a la technique d'identification des empreintes génétiques commençait à se généraliser comme moyen d'investigation policière. Des fragments de l'humérus de Karl-Wilhelm Naundorff, prélevés lors d'une ouverture de sa sépulture réalisée en 1950, furent alors remis au professeur Jean-Jacques Cassiman, qui dirige le Centre de génétique humaine de l'université de Louvain, en Belgique. Il s'agissait alors de savoir si Naundorff pouvait être l'enfant royal évadé du Temple et réfugié en Prusse où il serait devenu horloger...
Les généticiens de Louvain- associés à ceux du laboratoire que dirige, à l'université de Nantes, le professeur Pascal- prélevèrent sur les restes qui leur avaient été remis l'ADN contenu dans les mitochondries et le confrontèrent avec celui qui avait été identifié par ailleurs comme provenant des parents maternels de Louis XVII. Une comparaison que rendaient possible la conservation des cheveux de Marie-Antoinette et de ceux de deux de ses sœurs, Maria-Josepha et Johanna-Gabriela, retrouvés dans un chapelet de médaillons dans un couvent autrichien et ayant appartenu à leur mère, l'impératrice Marie-Thérèse.
Pour compléter leur enquête, les chercheurs étendirent la comparaison avec l'ADN de deux descendants actuels des Habsbourg, Anne de Roumanie et son frère, André de Bourbon-Parme. Publiés en 1998, les résultats de ces analyses ruinèrent la conviction des « naundorffistes ». Il apparaissait, en effet, que « l'horloger de Crossen » ne pouvait être le fils de .Marie- Antoinette. Un verdict que contestent cependant toujours les animateurs de l'Institut Louis XVII, attaché à défendre les thèses « naundorffistes », qui mettent en doute l'authenticité des restes analysés et réclament une nouvelle expertise. S'ajoutant aux remarquables travaux réalisés par des chercheurs anglais à propos de l'identification des restes des Romanov assassinés à Ekaterinenburg en 1918, cette première analyse permettait cependant d'espérer qu'une réponse pourrait enfin être apportée à propos de l'identité controversée du jeune prisonnier du Temple.
Une relique conservée à Saint-Denis pouvait en effet fournir aux chercheurs le matériau qui leur était nécessaire pour étudier l'ADN de L'enfant mort le 8 juin 1795. Il s'agissait du cœur du petit défunt, prélevé le lendemain, jour où fut réalisée l'autopsie, par le docteur Philippe-Jean Pelletan, et parvenu jusqu'à nous à l'issue d'une odyssée que certains ont pu qualifier de « providentielle ». A l'insu de ses confrères, Pelletan avait en effet récupéré le cœur l'avait enveloppé dans un mouchoir et ramené chez lui pour le placer dans un vase de cristal rempli d'« esprit de vin », un puissant alcool. La précieuse relique fut ainsi conservée pendant plus de vint ans. Les tentatives faites sous la Restauration pour la rendre aux Bourbons se heurtèrent à un refus catégorique. En 1828, le cœur fut déposé à l'archevêché de Paris pour que Mgr Hyacinthe-Louis de Quelen le remette à Charles X. La révolution de juillet 1830 et la mise à sac de l'archevêché auraient du aboutir à la disparition de la relique
Mais un ouvrier imprimeur s'empara de l'urne de cristal et de son précieux contenu pour les rendre au fils du docteur Pelletan (mort en 1829). Malheureusement l'urne tomba et se brisa dans la bousculade du moment- Le 5 août, une fois le calme revenu, l'ouvrier revint cependant sur place en compagnie de Philippe-Gabriel Pelletan. Par une chance extraordinaire, ils retrouvèrent dans un tas de sable, au milieu des gravats appelés à être déblayés, les restes de l'urne et le cœur..
Le précieux organe fut conservé tout au long du siècle pour être finalement remis, en 1895, à don Carlos, duc de Madrid, aîné des Bourbons et prétendant légitimiste au trône de France. Il fut transporté d'Autriche en Italie durant la Seconde Guerre mondiale et ce sont les petites filles de don Carlos qui le contrèrent, en 1975, au duc de Beauffremont président du Mémorial de France à Saint-Denis. C'est ainsi que le cœur. conservé dans la nécropole des rois de France, a pu fournir aux généticiens les éléments dont ils avaient besoin pour prendre le relais des historiens et contribuer à la solution de l'énigme du Temple. Le 15 décembre 1999, les spécialistes qui allaient prélever les échantillons destinés aux analyses se virent remettre « un cœur humain de petite taille pouvant correspondre à celui d'un enfant de cinq à douze ans, dont les tissus présentent une consistance pétrifiée ».
Ils en découpèrent quatre fragments à la scie, deux provenant de la pointe du muscle cardiaque et deux de l'aorte. Conservés à l'abri de toute contamination extérieure, ils ont été étudiés de manière indépendante par le professeur Jean-Jacques Cassiman et son assistante, Els Jehacs, de l'université catholique de Louvain, ainsi que par le professeur Bernd Brinkmann, de l'université de Münster, en Allemagne.
Les chercheurs ont concentré leurs investigations sur l'ADN mitochondrial, et négligé l'ADN nucléaire classique, qui se transmet à la génération suivante par le sperme et l'ovule. L'ADN mitochondrial, beaucoup plus petit, se trouve dans les mitochondries, usines d'énergie de la cellule, et se transmet uniquement par l'ovule, c'est-à-dire par la mère. Des milliers de copies existent dans une cellule, ce qui favorise leur survie dans les restes anciens tels que le cœur conservé à Saint-Denis. Celui-ci contenait des quantités relativement importantes de fragments d'ADN. Les généticiens de Louvain ont donc pu établir que la séquence de l'ADN mitochondrial du cour était identique à la séquence des parents maternels vivants de Louis XVII et qu'il existait également une correspondance pour les autres parents maternels dont les cheveux avaient été analysés. Jean-Jacques Cassiman a donc pu en conclure qu'il y avait là « une preuve évidente que ce cour appartient à un enfant apparenté à Marie-Antoinette et à sa famille ».
Les fragments de tissu cardiaque analysés à Münster l'ont été par deux chercheurs différents, qui en ont extrait l'ADN en recourant à deux méthodes elles-mêmes différentes. « L'ADN était hautement dégradé et existait principalement en petits fragments dans les échantillons », mais les séquençages réalisés en Allemagne ont confirmé les résultats obtenus en Belgique.
Questions sans réponses.
En dépit de l'effet d'annonce, l'identification de l'ADN du petit prisonnier mort au Temple avec celui de sa mère et de ses tantes n'a toutefois pas totalement clos le débat. Le sérieux et la fiabilité des travaux réalisés à Louvain et à Münster ne sont évidemment pas en cause et, dans la mesure où l'haplotype (c'est-à-dire la combinaison de marqueurs génétiques de l'ADN mitochondrial qui a été identifié apparaît tout à fait unique dans la famille des Habsbourg, il y a là un argument très fort en faveur de l'identification du petit prisonnier du Temple au fils de Marie-Antoinette.
Le professeur Jean-Jacques Cassiman lui-même a cependant reconnu qu'un travail scientifique de ce type n'était « jamais fini » et qu'il était légitime de poursuivre les recherches. Il conviendra notamment, à partir de l'étude du chromosome Y, de vérifier si le cœur étudié provient bien d'un garçon, hypothèse évidemment la plus probable.
Gérard Lucotte, professeur à l'école d'Anthropologie de Paris (créée par Paul Broca en 1875 et institution-mère du développement de cette science), constate pour sa part que le travail effectué n'est pas aussi complet que ceux réalisés à propos des restes des Romanov ou de ceux de Naundorff. La communication prématurée des conclusions obtenues interdit ainsi d'envisager une publication dans une revue hautement spécialisée et aussi indiscutable que la revue britannique Nature ou son homologue américaine Science.
L'exploitation médiatique qui a accompagné la publication des résultats obtenus en Belgique et en Allemagne, s'est par ailleurs révélée surprenante, dans la mesure où . l'embargo , annoncé à propos des conclusions des chercheurs a surtout servi, étant levé avec vingt-quatre heures d'avance, à mobiliser presse et télévisions.
Il y a près d'un demi-siècle, déjà, André Castelot avait révélé au grand public, dans son Louis XVII, les résultats de l'étude comparée, menée par le professeur Locard, des cheveux du Dauphin, de ceux qui avaient été prélevés sur l'enfant mort le 8 juin 1795 et remis à Damont, commissaire de la Commune, et de ceux du cadavre exhumé au cimetière Sainte-Marguerite en 1846 et en 1894. Celle-ci concluait qu'il s'agissait de cheveux appartenant à trois individus différents...
On considère aujourd'hui qu'il faut écarter les arguments apportés par le cadavre exhumé au cimetière Sainte-Marguerite. Il s'agit bien d'un sujet mort de tuberculose osseuse, dont le crâne a été scié comme celui de l'enfant autopsié le 9 juin 1795, mais il est âgé de quinze à dix-huit ans, et le témoignage de deuxième main du fossoyeur Bertrancourt à propos de l'endroit où il aurait réinhumé le cadavre (dont la bière aurait également été changée) est considéré comme peu crédible, comme l'a bien montré Michel Fleury, président de la Commission du Vieux Paris, dans les travaux qu'il a consacrés à cette question au cours des années soixante-dix...
Restent les cheveux prélevés sur le corps de l'enfant en 1795. Président du Cercle Louis XVII - dont les chercheurs ont réalisé, au cours des dernières années, un remarquable travail et qui a organisé, depuis 1992, trois colloques d'une excellente tenue -, Jacques Hamann a manifesté son intention de les faire analyser par le laboratoire de Nantes (qui a permis l'identification du tueur en série Guy Georges), dirigé par les professeurs Pascal et Moisan.
Reste surtout à éclaircir les énigmes et les contradictions
de l'histoire. Nul doute qu'elle va continuer à passionner les historiens:
comme l'a admirablement mis en lumière, dans son Roi caché,
le professeur Yves-Marie Bercé, la nostalgie d'un ordre révolu,
la certitude plus ou moins confuse de sa survivance s'enracinent au plus
profond des esprits, dans le mythe du « roi perdu », porteur
de 1a vitalité nécessaire à la régénération
du monde.
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Les légitimistes. Ce
sont les fidèles de la branche aînée des Bourbons,
descendant direct du petit-fils ce Louis XIV. Philippe. duc d'Anjou. devenu
Philippe V d'Espagne en 1700. A la mort. sans postérité,
en 1883, du comte de Chambord petit-fils de Charles X et aîné
de la branche française des Bourbons, les légitimistes se
fondant sur le droit royal historique ont, en effet, reporté leur
fidélité sur les nouveaux aînés des Bourbons.
descendants directs de Philippe V d'Espagne, dont le représentant
actuel est Louis-Alphonse de Bourbon - Louis XX -. arrière-petit-fils
au roi d'Espagne Alphonse XIII. Disposant de relais dans le milieu universitaire,
ses légitimistes ont créé divers organismes culturels
tels que l'Institut de la Maison de Bourbon ou le Mémorial de France
a Saint-Denis, présidé par le duc de Beauffremont. Ils ont
aussi leur maison d'édition. Communication & Tradition, qui,
sous la direction de Daniel Hamiche. publie de nombreux ouvrages, ainsi
que l'hebdomadaire Légitimiste ou le mensuel Bourbons Magazine.
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Les réponses de l’ADN Recherche de paternité, enquête
policière ou énigme del 'histoire en dix ans les tests ADN
se sont imposes dans tous les domaines, car cette empreinte génétique
est présente a l'identique dans toutes les cellules; qu’elles soient
vivantes ou mortes (sang, cheveu, sperme, salive, peau…)
Les propriétés de l'ADN sont extraordinaires il peut se conserver des milliers d'années: En fait, c’est surtout l’eau propice au développement bactérien, qui abîme les cellules. Mais même endommagées; elles continuent a renfermer, la chaîne des molécules d’acide désoxyribonucléique, entière ou par fragments., dont la composition est unique pour chacun. Tout débris d'un organisme vivant est susceptible de contenir de l’ADN. La technique de test est simple, fiable, relativement peu coûteuse. Le test le plus ancien (connu depuis le milieu des années quatre;vingt), RFLP (Restriction fragment length pomorphism), est aussi le plus fiable. Il répond aux tests de paternité avec une probabilité de 99,99 % si le père présumé participe. Un test plus récent (début des années 1990), le PCR ‘Polymerase chain reaction), légèrement moins précis, offre l'avantage de pouvoir se pratiquer avec un échantillon plus petit et en mauvais état, ce qui s'avère particulièrement utile pour les dossiers criminels. C'est la méthode qui a été utilisée pour l'identification de Louis XVII. Il faut d'abord extraire l'ADN, par un procédé, chimique et de ,chauffage qui casse la cellule, puis l'amplifier en dupliquant des millions de fois des fragments choisis. Enfin, des appareils spéciaux dits d'électrophorèse capillaire, transcrivent l’ADN en un code numérique. Pour les test de filiation, ce sont des portions bien précises, qui abritent les séquences d'ADN.du père et de la mère, qui sont amplifiées. Elles sont ensuite recherchées dans l'ADN des parents ou d'autres membres de la famille. Ce test prouve la filiation ou la parenté avec une marge d'erreur infime. |