LA TOMBE DE LOUIS XVII
Signalons qu'en 1904, la municipalité de Delft décida de transférer le cimetière de Delft. Sur l'intervention personnelle de S.M. la reine Wilhelmine (petite-fille de Guillaume II), héritière des nobles traditions de la Maison d'Orange, le monument funéraire de Louis XVII ne fut pas déplacé, bien au contraire, elle autorisa personnellement, la restauration officielle de la tombe de Louis XVII.
La Gazette de Lausanne, fondée en 1798, a publié dans ses numéros des 20, 23 et 25 juin 1904, trois articles sur « La Question Louis XVII » .L'auteur, M. Henri Sensine, dans le second article, raconte la cérémonie du 18 juin. Nous en donnons quelques extraits :
Delft, 19 juin 1904
La translation des restes de Louis XVII vient d'avoir lieu à Delft, au milieu d'une foule considérable. Ces restes reposaient dans le nouveau cimetière de la ville [du 14 au 18 juin pour réfection de la tombe]; il s'agissait de les transporter dans l'ancien cimetière, devenu promenade publique, où la famille avait obtenu de lui élever un monument perpétuel.
La cérémonie devait commencer à une heure- à midi les invités de la famille se trouvaient réunis rue Oostsingel, dans la maison du chef de la branche hollandaise des Naundorff, le prince Henri de Bourbon [N.D.L.R : le prince Henri, second fils d’Adelberth, n'est donc pas le chef de la branche hollandaise, ce titre appartient à son frère aîné, le prince Louis !], 1er lieutenant dans l'armée néerlandaise ... Nous arrivons au cimetière; devant la maison où l'on apporte les morts exhumés avant de partir, l'assistance entière va défiler devant le cercueil. Dans la salle attenante, une surprise attend les invités, Madame Leclercq, née Marie-Thérèse de Bourbon, est venu de Loo malgré les fatigues du voyage...
La famille et les invités remontent en voiture; le cortège se dirige vers le square où Louis XVII va trouver sa tombe définitive, à l'ombre des ormes et des sureaux en fleurs .... Nous devons traverser toute la cité pour arriver au quartier d'Ootsingel près duquel est le square. Une foule considérable forme la haie partout où nous passons...
Nous longeons le vieux canal, l'Oude-Defft .... Mais nous voici devant l'ancien cimetière où se presse la foule. Sur une pelouse verte, non loin d'un massif de roses, on aperçoit, à travers le feuillage de la haie, la tombe entourée d'une grille portant l'écusson royal de France avec ses fleurs de lys. La famille et les invités se rangent autour. On descend le cercueil dans la fosse...
Les organisateurs de la cérémonie ont voulu qu'une voix hollandaise se fit entendre. Le colonel de Bas, président de la Société d'archéologie de la Haye, Die Haaghe, s'est chargé de ce soin. Après un court historique de la question Naundorff, il loue le caractère chevaleresque de Guillaume Il, roi de Hollande, qui reconnut, malgré la France, l'identité du prétendant....
Le prince Henri de Bourbon, en grand uniforme, à côté de sa tante, répond en français au colonel de Bas, le remercie, ainsi que les amis de Hollande, de France et de Suisse qui ont participé à l'érection du monument....
Dans l'assistance, on me montre des spectateurs de marque ~ des attachés d'ambassade, des professeurs connus, des officiers supérieurs de l'armée néerlandaise, entre autres le général Zijl de Jonge, ancien commandant en chef de l'armée des Indes, et le général de Bock .....
En finissant [cette description], je me bornerai à faire remarquer ceci :
Le gouvernement hollandais n'a pas participé officiellement à cette cérémonie de la translation des restes de Naundorff ; mais il a permis à la famille de ce dernier d'exhumer son corps, de lui élever un monument sur une promenade publique de Delft, et d'y placer la pierre tombale sur laquelle est gravée l'épitaphe reproduite dans mon précédent article.
Je sais aujourd'hui d'une façon certaine que le roi de Hollande avait pris des renseignements secrets auprès de la cour de Prusse, quand il reconnut Naundorff comme étant le vrai Louis XVII. Il me semble donc que la cérémonie d'aujourd'hui, autorisée par la Hollande, prend ici une signification singulièrement éloquente. C’est une consécration définitive des droits des Bourbons-Naundorff.Henri SENSINE.